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N° 212#5 - SEMAINE DU 29 OCTOBRE AU 4 NOVEMBRE 2020

ig
Itinéraires graphiques #6
Autour des expositions
Les partenaires des Itinéraires graphiques #6 ont à cœur de proposer tout au long de l’événement, des rendez-vous avec le public, permettant d’apporter des éclairages sur les œuvres, décrypter l’univers d’un artiste, aiguiser le regard, s’initier à une technique… Le programme d’expositions s’accompagne de visites commentées, de rencontres avec des artistes, d’ateliers de pratiques artistiques, de conférences ou de projections. Une autre manière de découvrir l’univers des artistes et de faire dialoguer les œuvres avec d’autres champs artistiques.
Le livre de la semaine dernière
Dans le dernier numéro, Morgane Thomas chroniquait "Boza" dans nos colonnes, et nous, on a oublié de vous donner les infos sur le livre.
Ulrich Cabrel et Etienne Longueville
signent cet ouvrage
paru aux éditions Philippe Rey,
qui compte 379 pages
et coûte 19,50 €
Boza
Le grand format de la semaine dernière
Dans le dernier numéro, on vous parlait d'Aline Penitot à Kerguéhennec. Pour aller plus loin dans la découverte de cette auteure, on vous propose de vous rendre sur France Culture ICI lire, voir et écouter plein de choses à propos des vagues.
penitot

Dans ce numéro, on parle de quoi ?

  • Les itinéraires graphiques vus par SDS : Jean Lecointre
  • Trois spectacles du festival Les salles mômes à ne pas rater
  • L'ouverture du festival Les Indisciplinées
  • Les brèves de la semaine
  • Le point de vue des lecteurs. Djamila a vu Grise Cornac au Dôme de Saint-Avé
  • Le dessin de la semaine avec Emma Burr
  • Dans les coulisses de Bartleby avec Katja Hunsinger et Rodolphe Dana

Les itinéraires graphiques vus par Sorties de secours

Lecointre
Nous, on a commencé à aller voir les expos, notamment Simon Roussin, dont on vous parlera plus tard - une merveille - à la Galerie du Faouëdic, et Jean Lecointre, à la Galerie Le Lieu, le tout à Lorient. Lecointre, vous l'aviez déjà découvert lors d'une précédente édition des Itinéraires, c'est un univers entre le collage pop et le surréalisme à la Bunuel, c'est dire que c'est quelque chose. On vous conseille de prendre un peu de temps (une vingtaine de minutes) pour visionner, confortablement installés sur des coussins, Les animaux domestiques, un film d'animation assez délirant - mais visible en famille - pour son esthétique complètement barrée, ses personnages faits de collages, et la vedette du film, une maison futuriste entre celle de Mon oncle, de Tati, et les délires du Brasilia de Niemeyer, c'est génial !

Festival Les salles mômes. Hennebont & Inzinzac-Lochrist

pommes et les 7 nains
On a passé la matinée à lire, écouter regarder des extraits, des dossiers, des interviews, et à son terme, nous avons fait notre choix. Notre palmarès en trois marches de podium.

Et les 7 nains, par le Théâtre Magnetic, ce soir, au sein de "La soirée des grands mômes", le traditionnel rdv adultes. Bon, ce sont des Belges. Déjà. Leur affiche est rigolote (Voir ci-dessus). Leur précédent spectacle Les 3 petits cochons était drôle comme on aime nous : méchant, un peu punk, un humour un poil trash, qui ne censure pas, mais qui sait aussi où s'arrêter.
Une forêt en bois, de la compagnie Mâchoire 36, dimanche : ah, là, c'est carrément canon comme dirait ma copine Isa. Un spectacle très esthétique, et très créatif, sur le thème du bois, qui utilise tout un tas d'objets, de matériaux, de techniques, qui évoque la passion de la construction, du bricolage, de la fabrication. Rien qu'une des premières scènes, une main qui glisse sur une table pour en sentir la matière, le grain, la douceur, suffit à nous emporter dans ce rapport charnel et affectif que nous entretenons avec le bois...
La marche des éléphants, de la Compagnie Formiga Atomica, dimanche, du théâtre d'objets qui a l'air vraiment intéressant, sur le thème de la mort, mais pas du tout plombant, plutôt délicat et poétique, utilisant comme point de départ la relation d'amitié nouée entre des éléphants et un vieil homme. Un spectacle intelligent, qui convoque les émotions sans pathos.

Festival Les Indisciplinées, Lorient

Ouverture aujourd'hui et clôture le 14 novembre. Le programme ne cesse de bouger, donc chaque proposition doit être vérifiée la veille sur le site. Ou pas. Si on acceptait de moins contrôler ? Si on acceptait de prendre le "risque" de trouver porte close, de tomber sur un artiste à la place d'un autre, de découvrir un truc improbable ?

Ce week-end, c'est gratuit
On commence dès ce soir, avec une proposition qui nous plait bien, une conférence de Christophe Brault : Féminisme, punk et indie rock fin de siècle. "Depuis le début des années 20 le blues féminin était porté avec un propos autrement plus subversif et revendicatif et au comportement punk avant l’heure. 70 ans après, un mouvement DIY féminin voulant relancer un esprit rendant « le punk plus féministe et le féminisme plus punk » a permis l’émergence nouvelle génération de musiciennes ". Et à 20h, un concert de Julie Bally : un univers noir, souvent mélancolique, à travers une écriture simple et brute, convoquant parfois les influences de PJ Harvey, Elisabeth Fraser (Cocteau Twins) ou encore Nina Hagen.
clavicule
Et vendredi, on enchaîne sur un soirée en deux temps, un concert de rock garage à la californienne, avec les Rennais de Clavicule, et c'est pas mal du tout pour nos petites oreilles un peu sensibles aux frottements rugueux habituels du Garage, ce (très) léger côté pulpeux et surf-pop. Le concert sera suivi d'un set du Secret, entre DJ et émission de radio : des titres passés à la trappe, des formats longs, des curiosités et autres pépites isolées.
hayden Thorpe
Et, et, et... Si tout va bien, préparez-vous pour jeudi prochain, le 5 novembre, avec un concert frémissant, aérien, et élégant, de Hayden Thorpe. Une voix, une voix, une voix.....
Ce qu'en dit le festival ? "En solo, l’ex-chanteur de Wild Beasts continue de provoquer des frissons avec ses envolées mystiques (...) et l’étonnant timbre de contreténor qui propulsait son groupe vers des sommets de voltige et d’élégance. Un an après la séparation de ce quatuor hors norme, l’Anglais fait ses premiers pas en solitaire"
AUTOMNE

Brèves d'info

collecte
Les archives de Lorient recherchent des photos de classe, toutes époques, toutes écoles, de Lorient, pour constituer un fonds numérisé à partager. Du 3 novembre au 18 décembre
Mauricio bergile
Ils sont notre découverte de l'année, on en parle souvent : présence, intégrité, simplicité. "Un atelier de danse de deux heures avec Inès Mauricio ou Mackenzy Bergile ou les deux. Colorations hip-hop, africaines, ou contemporaines, le genre importe peu. Ce qui compte ici c'est l'expression et l'emploi du corps et du mouvement pour le faire. Aucune restriction d'âge ou d'expérience. Ayant une pratique de la danse ou non, nous sommes tous.tes danseurs.ses."
> Lorient, dimanche 1er novembre
Deuxième épisode de "Le temps d'un disque", une proposition originale par sa simplicité : s'asseoir dans un fauteuil et écouter un album dans son intégralité. Et oui, cet acte qu'on accompli des millions de gens dans leur chambre d'adolescent, puis dans leur canapé Cinna, est aujourd'hui un acte organisé par une médiathèque. A l'heure où un doigt sur un trackpad signe le destin d'un titre au bout de douze secondes, écouter un vinyle EN ENTIER sans zapper est un acte d'une délicieuse fantaisie, à la limite de la transgression. Et peut-être, pour quelqu'un passé là par hasard, l'occasion de découvrir qu'un son autre que du MP3, ça a du corps, du grain et de l'âme. Après Gainsbourg pour la première édition, on passe à Led Zeppelin, et oui, (pour)suite de mythe, et là encore, pas forcément l'album le plus connu, mais toujours pointu et méritant le déplacement.
> Médiathèque de Quéven, vendredi 30 octobre
Un escape game au Carton Voyageur de Baud, sur le thème korrigans et farfadets, pourquoi pas pour la suite et fin des vacances ? L'occasion de découvrir un beau lieu contemporain, pas forcément si connu, et une muséographie nette et chouette, pour un sujet rare, la carte postale...
> Baud, samedi 31 octobre
Un stage de clown est organisé par Plateau en toute liberté, animé par Maria-Maï Matrat, accessible à tous, avec une expérience de scène, de danse et de clown, ou pas.
> Le City, Lorient, 7 et 8 novembre. 02 97 83 65 76

Vous avez vu et vous avez aimé

griseCornac
Cette semaine, Djamila est allée voir Grise Cornac, groupe français, programmé au Dôme de Saint-Avé. Elle a aimé, elle nous en parle et ça donne envie !

"Coucou ma Sortie,
Une collègue m'avait fait découvrir "L'être à la nuit", le premier album de Grise Cornac : je l'ai longtemps écouté en boucle. Alors quand j'ai vu que tu annonçais un concert de Grise Cornac, ma voiture n'a pas fait de détours. En sortant du boulot, direction le Dôme de Saint-Avé pour mon premier concert depuis longtemps ! Jusque-là, je l'avoue, pour moi, Grise Cornac c'était une chanteuse avec un prénom un peu original. Et sur scène, je découvre un magnifique duo : un musicien habité par sa musique et une chanteuse tendre et punchy. Je ne suis pas Rebecca Manzoni, je ne sais pas qualifier la musique, mais j'ai adoré l'énergie de ces deux-là : de la bonne chanson pleine de poésie, une voix toute de soleil qui voltige dans les différents registres, des récits doux dingues, des rythmes qui donnent envie de danser ou de se faire câliner, de la joie, de la mélancolie et du peps. En résumé, "Tout baigne" avec ce nouvel album mis en scène et en émotions.
Merci Grise et Cornac. Merci ma Sortie pour ce joli moment."
Djamila
alice
Le point de vue de Sorties de secours
Un spectacle qui nous attire, Alice en version EHPAD, avec des marionnettes de vieux, où la jeunesse et la naïveté rencontre l'âge et les histoires, où la folie rencontre la dinguerie, c'est poétique, c'est beau, ça questionne l'image du monstrueux, de la norme, mixant les générations et leurs problématiques. Autour de l'image de l'échiquier, un spectacle où l'esthétique a été vraiment poussée, dans une adaptation audacieuse du plus célèbre des livres "pour enfants", l'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Le dessin de la semaine. Emma Burr

EMMA BURR IG
"Chaque année je tiens à voir quelques belles expos dans le cadre des Itinéraires Graphiques à Lorient. Et c'est un prétexte parfait pour visiter cette ville que j'adore ! Avec le beau temps au rendez-vous et en compagnie d'une amie et de nos enfants, j'ai eu un coup de coeur pour l'exposition de Simon Roussin à la Galerie du Faouëdic. Je n'ai pas tout vu des expos et je sens que je vais devoir retourner (avec grand plaisir) bientôt !"

Rencontre

Rodolphe Dana et Katja Hunsinger montent Bartleby, de Melville

Bartleby
Isabelle Nivet Bartleby Lorient
Dans la salle, tables et consoles ; sur les fauteuils, sacs à dos et vêtements ; au sol, tasses de thé et bouteilles d’eau. Le Grand théâtre de Lorient est en mode répétition avec l’équipe de Rodolphe Dana et Katja Hunsinger qui montent le mythique Bartleby, de Melville.

Tout juste une nouvelle, aux frontières de l’étrangeté à la Métamorphose de Kafka, Bartleby tranche avec l’univers de Moby Dick, écrit par Melville trois ans auparavant. Le scénario est magnifique de simplicité et d’absurdité : un employé de bureau cesse peu à peu de travailler pour son employeur, au motif qu’il « préfèrerait ne pas ». Si cette célèbre réplique traduite du « I would prefer not to » a inspiré les philosophes et les penseurs, déchaînant Deleuze et Derrida, pour le public, il est facile d’entrer dans ce monde du travail absurde – une dystopie à la Brazil - et de se passionner pour cette histoire de résistance passive et pour cet anti-héros.

Un univers à la Tati
Dana et Hunsinger ont choisi de monter le texte à la Tati, insistant sur le côté visuel, burlesque, poétique et étrange, dans le décor et les corps. Pour nourrir leur mise en scène et offrir des pistes d’interprétation – le texte apporte plus de questions qu’il ne donne de réponses - le duo a beaucoup lu, à commencer par Désobéir, de Frédéric Gros : « Obéir rassemble, désobéir isole. Bartleby, lui, ne souhaite pas quitter son travail qui est aliénant, qui n’a pas de sens. Son corps et son esprit sont dédiés à son travail. Bartleby, c’est un grain de sable dans un mécanisme bien huilé. Il oppose un refus doux, mais le fait de manière irrationnelle, presque sauvage ».
Personne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert, roman écrit à partir des manipulations de France Télécom sur ses salariés, a également été une lecture fondatrice : « Bartleby parle aussi des gens désocialisés, de la pauvreté versus le travail, du rapport ambivalent et hypocrite de la société à la pauvreté »

Le théâtre dans le théâtre
Sur scène, un décor qui brouille les frontières, tables-bureaux semblables à celles du bar du Grand théâtre, et dossiers colorés qui sont les vraies archives du Grand théâtre. Cette idée du théâtre dans le théâtre se ressentira tout du long du spectacle, avec un jeu d’acteur à double niveau, entre le personnage et l'acteur.
« On a cherché une forme d’équivalence à la désobéissance de Bartleby dans la désobéissance de l’acteur au metteur en scène », un « truc » pas forcément visible, mais destiné à « créer du jeu et des enjeux dans un texte non écrit pour le théâtre, mettre de la théâtralité et du présent. On ne voulait pas tomber dans le cliché du type falot, introverti. Il fallait qu’il soit surprenant ».

Des corps burlesques
Résultat, des postures de jeu et de corps légèrement décalées, à la Tati, pour Rodolphe Dana et Adrien Guiraud, qui joue le rôle titre: « On s’est inspirés de l’univers de Tati époque Playtime : bureaux en open space, bruitages amplifiés : tamponner des copies, utiliser un taille-crayon électrique, prendre de l’eau à la bonbonne, faire bouillir une théière. Dans cet environnement ennuyeux et ordonné, on va faire arriver de la sauvagerie et du burlesque. On a beaucoup réfléchi à ce décor, beaucoup hésité entre trop ou pas assez réaliste » Des choix qui se font au fil de l’eau « On se connait depuis longtemps, ça infuse entre nous, par capillarité ». On devra à Rodolphe le buste de Cicéron, posé sur le bureau du patron « J’y tenais beaucoup : il symbolise pour moi la sagesse, la mesure, pour ce patron qui n’aime pas le conflit ». Katja, elle « adore l’irruption d’objets électroniques, quand les objets du quotidien prennent un petit côté science-fiction »

Leurs inspirations


Désobéir, Frédéric Gros
Personne ne sort les fusils, Sandra Lucbert
Gaston Lagaffe, André Franquin
Moby Dick, Herman Melville
L’effet Bartleby, Gisèle Berkman
L’étranger, Albert Camus
Brazil, Terry Gilliam
Playtime, Jacques Tati
The servant, Joseph Losey
Parasite, Bong Joon Ho
Théorème, Pier Paolo Pasolini
Tartuffe, Molière

Nous on a pensé à

Dans la peau de John Malkovich
Inside N° 9 (épisodes 3 et 5)

Et vous ? Vous nous direz ?

> Théâtre de Lorient, du 4 au 7 novembre