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N° 213#2 - SEMAINE DU 12 AU 18 NOVEMBRE 2020

Il y a quinze jours, avant la saison 2 du Grand Confinement, on vous invitait à aller voir, dans le cadre d’Itinéraires Graphiques, l’exposition de Jean Lecointre, collages entre burlesque et surréalisme, et notamment un film court « Les animaux domestiques », qu’on a adoré, pour son design vintage entre Tati et Niemeyer, ses collages délirants et ses personnages très drôles (mention spéciale pour le chat, insupportable squatteur absolument détestable, comme tous les chats < un peu de provoc ne fait pas de mal...) Ce petit film est disponible sur YouTube, vous voila partis pour 22:06 de bonheur !

Dossier. En ligne(s) au(x) musée(s)

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La nuit des musées, c’est, chaque année, l’ouverture de lieux de culture en nocturne. Plus ou moins abouti selon les sites, les organisateurs et les éditions, le principe consiste en des visites originales, décalées, poétiques, mystérieuses... Cette année, la manifestation aura lieu en ligne, avec une grande quantité de propositions qu’on vous laisse découvrir sur le site officiel, mais vous pouvez dès maintenant aller farfouiller là-bas pour visiter des musées et des expositions. Nous, on a craqué sur quelques propositions, qu’on vous détaille plus bas…
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La Cité de l'architecture, à Paris, c'est l'un de nos musées favoris. Oui, c'est comme ça, on aime passionnément l'architecture, et on ne vous l'avait jamais dit. Bon, le site est moins facile d'accès que le musée, mais en grattant, on trouve... Parmi ces expositions virtuelles, il y a une section "Portraits d'architectes", et parmi ces portraits, celui de Jean-Baptiste Hourlier, l'un des architectes de la reconstruction de Lorient. Ben voila du local !
pompidou
Toujours dans la thématique, on vous propose d'aller faire un tour au Centre Pompidou, certes, sans le tube escalator, mais à la découverte d'expositions ou de collections. Oui, ça prend du temps, il faut aller ici ou là, chercher, revenir en arrière, regarder sur les côtés, mais certains d'entre vous en ont un peu plus, du temps, en ce moment, ça tombe bien.
MUSEUM
Le Museum de Nantes participe à la nuit des musées. Saviez-vous que c'est une artiste lorientaise, Eunji Peignard-Kim qui a réalisé une partie des illustrations ? Graphite, pierre noire, sa patte originale décale ces dessins pour leur apporter une autre dimension.
Et cette semaine, on a demandé à nos dessinateurs de bosser sur la thématique des musées...
Pour Emma Burr : "Un moment de bonheur à l'exposition Nous les arbres à la Fondation Cartier l'année dernière, expo sur le regard porté par des artistes, des botanistes et des philosophes sur les arbres."
Fondation cartier EBurr
Et pour Gérard Darris, des masques africains au Musée du Quai Branly en 2016.
Paris - Musée Branly - Masques - 13 04 2016

Trois films qu'on a vus cette semaine, disponibles gratuitement en ligne

BOOKSHOP
The Bookshop, un film d’Isabel Coixet, sorti en 2017, à voir sur arte.fr
L'histoire en une phrase : Dans les années 50, une femme (Emily Mortimer) crée une librairie dans une petite ville anglaise, où il n’est pas facile de s’intégrer.
L’esthétique : Difficile de résister au combo fenêtres à guillotine vert sapin + petit port à l'anglaise + landes mouillées par le crachin + robes années cinquante + ambiance de librairie à l'ancienne. Ultra choupinet.
Ce qu’on en pense : Oui, tous les poncifs des films romantiques à l’anglaise sont là, et certains personnages ont le trait un peu forcé, à la Dickens, mais il y a dans ce film plus qu’une « feel good story ». C’est doux amer, c’est triste parfois, les gentils ne gagnent pas toujours, mais on s’en remet. Un peu comme dans la vie, le film ne prend pas forcément la direction d’un conte de fée, sans pour autant tomber dans du Zola. Et puis. Il y a des scènes. Un foulard à l’imprimé tellement années cinquante, tombé dans les herbes des marais. Un ciel gris et sombre, deux êtres face à face, des regards qui n’avouent pas mais crient l’émotion, une main qui se tend contre toute attente, des lèvres qui frôlent une peau sans que l’on ait eu le temps de le voir, une sublime scène d’amour d’une retenue et d’une intensité extrême, franchement une des plus belles vues au cinéma. Un personnage de femme entier, progressiste, intègre, honnête. Une figure de libraire - qui nous rappelle à quel point ce métier est beau - qui fait découvrir Bradbury et Nabokov à un vieil aristocrate misanthrope (magnifique Bill Nighy), et ces scènes, où ces deux êtres partagent leur amour de la lecture, résonnent avec nos émotions du moment, où nous tentons de nous mobiliser pour empêcher que demain, acheter un livre ne soit plus un acte de partage mais juste un clic clinique.
COLD WAR
Cold War, un film de Pawel Pawlikowski, sorti en 2018, à voir sur arte.fr
L'histoire en une phrase : Un couple se perd et se retrouve, une histoire d'amour passionnelle entre la Pologne et Paris pendant la guerre froide.
L’esthétique : C’est le seul intérêt du film, mais quelle beauté ! On peut le regarder sans le son, passées les premières scènes de chant, qui révèlent de très belles voix dans des polyphonies traditionnelles plutôt émouvantes. Filmé en noir et blanc et en format carré, dans Cold War, chaque image est belle, très axée sur les lignes, la symétrie, le centrage, les courbes. Chaque cadrage est parfait, réjouissant de plasticité. Comme un livre d’art, Cold War se feuillette image après image, en poussant des wow d’admiration pour l’excellence de sa photographie, même si très classique dans son approche - scènes de neige, architecture magnifiée, ambiance vintage reconstituée – dans un hommage appuyé aux maîtres de la photographie du 20e siècle.
Ce qu’on en pense : Le reste du film n’a aucun intérêt. Scénario bancal, personnages mal dessinés, interprétation sans âme ni flamme, la trajectoire de ces deux personnages aurait pu nous transcender, mais non, il manque tout : une écriture, une épaisseur, une folie, la passion...
17 FILLES
17 filles, un film de Delphine et Muriel Coulin, sorti en 2011, à voir sur france.tv
L'histoire en une phrase : 17 adolescentes décident de tomber enceintes en même temps.
L’esthétique : Whaouh. Ok, les sœurs Coulin sont nées là, et rien de ce qu’elles filment à Lorient ne nous est étranger. Mais se retrouver à Lorient en train de regarder Lorient comme si c’était une autre ville, c’est étrange. La ville prend ainsi des airs du Havre, une ville faite de lignes et de couleurs, un p----n de caractère, qui explose, et rend Lorient à nos yeux si particulière qu’on ne voudrait finalement habiter aucune autre ville que celle-là, tellement elle n’est pas lisse, conforme, standard. C’est sûr, les sœurs Coulin connaissent bien la ville et les lieux qui font sa force, qui signent son identité. Elles connaissent les trajets, les habitudes, de celles qui l’habitent, ce qui produit un film extrêmement juste, auquel on s’identifie, parce que oui, c’est ma vie qui est là, ces rues que je traverse, ces immeubles vers lesquels je lève les yeux, ces plages où je me baigne, ces chemins où je marche. Et elles savent la filmer cette ville, sans la suresthétiser, la figeant dans ses lignes juste une seconde de plus que nécessaire, suggérant une immobilité qu’elles reprochent à une ville qu’on sent avoir été la prison de leur adolescence.
Ce qu’on en pense : L’histoire de ces lycéennes, qui se font mettre enceintes délibérément et toutes en même temps, est inspirée de faits réels, mais elle n’est pas complètement passionnante, même si les buddy movies sont toujours sympas à regarder, ça ne décolle pas vraiment, les personnages restent scotchés à la toile cirée, ce qui est peut-être ce que voulaient les réalisatrices, montrer que malgré leur pseudo rébellion, ces gamines-là ne sont pas des héroïnes, ont la banalité et la même petite vie minable que leurs parents, en plus jeunes. Alors on passe à un cheveu du chef d’œuvre. Un cheveu, vraiment, car la façon de filmer est personnelle, affirmée et signifiante, et la banalité, la médiocrité des personnages font œuvre. Même le choix de la comédienne principale, archétypalement jolie, au jeu incertain et caricatural, joue en la faveur de ce drame minable. A un cheveu près – et des cheveux, il y en a, dans le film – 17 filles était un grand film naturaliste à la façon des Frères Dardenne, mais non, il manque un tout petit quelque chose, peut-être des partis-pris plus marqués, sans doute une ligne plus affirmée – on oscille entre les genres - pour faire pleinement Grand œuvre. On pense à Virgin suicides, de Sofia Coppola, à Mustang, de Denis Gamze Ergüven, à Diabolo Menthe, de Diane Kurys, aussi au très sombre Bande de filles, de notre chère Céline Sciamma.

Géraldine en transition

Cette semaine, Géraldine s'interroge sur le bilan (carbone) des banques, et a dégotté les plus éthiques. Et toc.
banque
FRACAS copie

Un coup de coeur

MINERAL
Beauté. Juste pour le plaisir, on partage avec vous cette création signée Minéral Design, d'un couple créateurs lorientais, Aurélie Abadie et Samuel Sauques, un luminaire en verre recyclé qu'on trouve absolument renversant. Deux jeunes verriers, dont on suit le travail depuis plusieurs années, et qu'on aime voir évoluer, avancer, créer.
SUB SDS5
Le 26 novembre, sortira un numéro exceptionnel, intégralement consacré à une idée - un marché en ligne dans un média - qui nous est venue en voyant passer l’annulation d’un marché automnal dédié à l’image imprimée, à Lanester, Substrates. On y croise nos lecteurs – vous, donc – et on sait que comme nous vous êtes sensibles à ces petites éditions, ces dessins imprimés, ces créations inédites, ces livres d’artistes, ces affiches de graphistes, ces fanzines, ces gravures, ces sérigraphies, que vous aimez, comme nous, acheter pour des prix raisonnables (l’avantage des « multiples ») et assembler en collections chez vous.

Substrates, c’est un collectif de passionnés, un vrai regard sur les œuvres, aiguisé, exigeant, ne cédant jamais à la facilité. Ce marché, c’est une opportunité rare sur un territoire comme le nôtre, ou, contrairement à Berlin, Londres ou Paris, on ne tombe pas sur des sérigraphes indépendants à tous les coins de rue, aux puces ou dans des ateliers-galeries. Substrates, c’est rock’n roll, c’est créatif, c’est réjouissant, drôle ou poétique.

Ouvrir ce numéro spécial Substrates, c’est une façon de soutenir des artistes, de leur dire qu’on aime ce qu’ils font, de se sentir reliés à eux, de les faire entrer dans notre quotidien. Ah oui, on est enthousiastes – vous nous connaissez – et c’est pour ces raisons qu’on s’est dit : « Ah non, nous on veut y aller, à Substrates ». Alors on vous y emmène, dans nos colonnes. Faites leur bon accueil, emballez-vous, contactez-les, offrez (vous) des œuvres, prouvez-nous que ces nouvelles formes de culture, que nous tentons d’inventer, peuvent tenir tête aux mastodontes de la vente en ligne, que faire vivre des artistes, c’est une responsabilité que vous endossez, parce que, comme nous, vous aimez l’art, sa liberté, son sens et sa force.

Rendez-vous le 26 novembre, même heure, même endroit.
Nota : nous ne sommes pas une galerie, ni des agents. Nous nous ne prenons pas de commissions, pas de droits d'inscription. En revanche, on va prendre beaucoup de plaisir.

Un nouvel épisode de Hey Louise "Des winchs et des meufs"

Cet été, il est arrivé un truc de ouf à la partie flottante de Hey Louise. Elle a skippé un bateau du Vendée Globe [1]. Elle a presque skippé un bateau du Vendée Globe. Bon, elle s’est incrustée sur un bateau du Vendée Globe, mais elle a touché la barre hein. Je vous ai pas dit ? Elle est pote avec une star [2] (elle va adorer qu’on parle d’elle comme ça), une meuf qui va faire le tour du monde en solo, sans escale et à la voile. Bim. The Meuf quoi. Je suis pas trop calée en matière de bateau, mais ça a quand même l’air d’être du lourd. Du coup, quand Hey Louise m’a dit qu’elle voulait raconter sa sortie en IMOCA [3], j’ai fait mes devoirs pour pouvoir m’en mêler aussi. Je suis allée voir Maiden [4], un film qui raconte comment une autre meuf de ouf, Tracy Edwards, a monté le premier équipage féminin de la Whitbread, une course à la voile autour du monde, en 1989. En résumé, des paquets de flotte, des meufs qui lâchent – vraiment – pas l’affaire, une géniale histoire d’aventure et de succès, et une grosse leçon de vie pour toutes celles et tous ceux qui rêvent de se donner les moyens. Bref, je suis sortie de là complètement retournée, et j’ai repensé à The Meuf et à son Vendée Globe, et puis aussi à toutes les autres navigatrices – et un peu aux navigateurs aussi, rooolala. Bon, après ça j’ai mangé un burger, parce que j’avais pas prévu d’aller plus loin dans mon étude, mais la partie navigante de Hey Louise a pris ses crayons, et c’est elle qui raconte la suite.
Manon Liduena
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[1] Tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance. Le départ c'était dimanche, aux Sables-d’Olonne, mais on pouvait pas y aller, on avait confinement. Pour y assister quand même, rendez-vous sur vendeeglobe.org ou France Télévisions !
[2] Clarisse Crémer. Et ouais. #GoClarisse
[3] Enorme voilier méga rapide et méga technologique – équivalent imperméable de l’Iphone 10. Celui de Clarisse, c’est Banque Populaire X. Il a déjà un sacré palmarès grâce à ses précédents skippers, notamment le vainqueur 2013 François Gabart (alias Jésus).
[4] Documentaire réalisé par Alex Holmes, sorti en salles en 2018.
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