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N° 213#3 - SEMAINE DU 19 AU 25 NOVEMBRE 2020

Le podcast de la semaine
A Sorties de secours, on est fascinées par le processus de traduction (à ce propos, on vous suggère de lire 4321, le dernier Paul Auster, dont la poésie est magnifiquement réinventée en Français par Gérard Meudal). Et pour en parler, qui de mieux que le pape des traducteurs (Tchekhov, Dostoïevski, Gogol...) ? André Marcowicz, à qui France Culture consacre une émission assez courte (31') et comme toujours, passionnante...
LOST IN TRANSLATION
Cette semaine, on retrouve la chronique de Catherine Pouplain, Rock & Painting. Parmi celles qu'elles nous a envoyées, on a choisi celle-ci, sur Niki de Saint-Phalle, parce qu'elle est super bien documentée et qu'on y apprend plein de choses sur l'artiste, même si elle est un peu trash.

Pour savoir quel morceau musical a été choisi en miroir, cliquer ci-dessous...
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CINELOVE
Cette semaine encore, trois films, vus sur france.tv, dans un dossier spécial Premiers films, qui permet de se rattraper sur les… premiers films qu’on a ratés. Parmi les trois de notre sélection, deux sont l’œuvre de deux de nos cinéastes préféré·e·s, le lecteur ne sera certainement pas sans noter, peut-être, alors, un léger parti-pris en leur faveur.
DOLAN
J’ai tué ma mère, un film de Xavier Dolan, sorti en 2009, sur france.tv
L'histoire en une phrase : Un adolescent (Xavier Dolan) vit une histoire d’amour/haine excessive et passionnelle avec sa mère (Anne Dorval).
Niveau d’intensité des sentiments : rouge sang
Ce qu’on en pense : Les allergiques à Dolan/les fans de Dolan, retrouveront dans ce premier film tout ce qu’ils détestent/adorent. L’excès, la passion. Les images métaphoriques qui claquent et posent d’un grand coup un propos. Le stylisme. La musique, typée et intense. Les dialogues, naturalistes et stylisés. Les couleurs, choisies et fondues. Les actrices fétiches, délicate Suzanne Clément toute en retenue, et la fantastique Anne Dorval, puits sans fond d’égoïsme et d’amour mélangé. Des personnages à la fois petits, médiocres, vulgaires, et icônes grandioses, figures de la mère idéale et de la harpie, la sainte et la mante religieuse…
Tout Dolan est déjà dans ce premier film, en plus resserré, plus intime, filmé en plans moins larges. Peut-être un peu moins flamboyant que les suivants, bien plus qu’un galop d’essai, et son visionnage permet de rajouter un chapitre à son roman d’amour personnel avec Dolan…
PIEUVRES
Naissance des pieuvres, un film de Céline Sciamma, sorti en 2007, sur france.tv
L'histoire en une phrase : Trois adolescentes découvrent le sentiment amoureux et le désir.
Niveau d’intensité des sentiments : rose porcelaine
Ce qu’on en pense : S’il y a bien dans cette sélection un premier film qui a évité tous les écueils du « premier film », c’est bien celui-là. Dès son premier, Sciamma est impériale, dans la maîtrise, rien à jeter. Naissance des pieuvres, est, comme tous ses films, d’une justesse absolue, et on rentre dedans sans la moindre réticence. Pas de réserve, on valide tout. Un cinéma d’une grande sobriété, sans pathos mais avec émotions, pas de grandes démonstrations, et à la fois une grande force des expressions et des sentiments. De la pudeur, des demi-mots, des allusions, à l’opposé de Dolan, mais tout aussi intense. Des cadrages nets, des dialogues pesés. Visuellement, le film est aussi beau que les suivants, toujours avec cette justesse de l’image parfaite sans être démonstrative. Jamais on ne se dit chez Sciamma « Ah la la, cette image, mon dieu mon dieu mon dieu ! » Et pourtant, elles sont belles ces images, dans ce monde sans adultes visibles, dans cet univers de piscine municipale, de natation synchronisée, elles sont belles, ces filles en maquillage waterproof vert et bleu et en maillot criard à paillettes, elle est belle Anne, la copine rondouillarde qui se fait déflorer sans plaisir, elle est belle et vierge Floriane (Adèle Haenel), avec sa vulgarité vénéneuse et son rouge à lèvres rose, que tout le monde prend pour une salope, elle est belle, Marie, avec son air boudeur, ses joues de petite fille et ses polos ringards, elle est belle, quand elle se mord le bras d’amour et de désir.
TOUT EST
Tout est pardonné, un film de Mia Hansen Love, sorti en 2007, sur france.tv
L'histoire en une phrase : Un film en deux parties. Un couple s’aime et se sépare. Quinze ans plus tard, leur fille retrouve son père.
Niveau d’intensité des sentiments : bleu lavande
Ce qu’on en pense : Rarement un langage filmé a autant ressemblé à celui d’Eric Rohmer, et c’est ici stupéfiant de retrouver la même affectation des intonations, la similarité des situations, notamment les promenades, qu’affectionnait Rohmer, ou encore les scènes de partage d’un café ou d’une verre d’eau, très simples, le choix de décors très réalistes, dans des appartements modestes et souvent tristounets ; le recentrage autour de très peu de personnages et leur flottement, qu’on peine à comprendre parce que distants et hors des codes démonstratifs du cinéma ; l’impression de décalage dans la façon d’être des comédiens, à la frontière de la fausseté. C’est dire si c’est le bonheur de découvrir l’héritière de notre réalisateur favori. Mais la comparaison s’arrête là, car Mia Hansen-Love explore la sphère familiale, la filiation, l’héritage, la famille, les souvenirs d’enfance… Maisons de famille au papier peint passé et armoires hautes, repas dans le jardin et fauteuils en osier, jeux d’eau au bord de la rivière, chemins d’herbes hautes et soleil couchant. Mais là encore, pas que ça : Hansen-Love n’est pas le Claude Sautet 2.0 des résidences secondaires. Un peu de ci, un peu de ça, mais beaucoup d’elle-même, sans doute, peu importe, les émotions sont fortes, mais la pudeur de les dire encore plus forte. L’histoire d’une séparation et de retrouvailles, est traitée avec beaucoup de sobriété, sans démonstration et pourtant touche profondément, par la grâce des comédiens et la simplicité de la narration…
COLDWAR copie

Tout le monde n'est pas d'accord à propos de Coldwar

La semaine dernière, on vous parlait de manière assez critique de Coldwar (vue sur arte.tv). Peut-être avons-nous fait preuve d'un poil trop de radicalité - est-ce que, comme nous, le contexte joue sur vos humeurs ? - et après réception d'une contre-critique, nous sommes d'accord pour revenir sur la première partie du film (les collectages de voix et chants), jusqu'à la rencontre des deux héros, et lui reconnaître une très grande justesse et poésie.

Jean-Louis Le Vallégant, qui a écrit cette critique, a vécu cette posture de collecteur. Originaire de Bannalec, ce joueur de bombarde s'illustre dans le champ des musiques traditionnelles avant de suivre l’appel de la rue avec L’hilare fanfare alternative du Centre Bretagne puis avec ZAP musique piétonne. Après un passage comme manager d’artiste (Kemener et Squibant) puis de chef d’entreprise (Coop Breizh), Le Vallégant recueillera des histoires intimes dans Les confidences sonores, au coeur d'une Bretagne d'aujourd'hui et d'hier. Voici sa vision.

"Chère Sortie de secours,

Je dois te dire que ta critique, à propos de Cold War, m’a plutôt surpris. Même si à sa lecture, tu sembles avoir vu le même film que moi, dans le fond, je crois que tu es passée, en partie du moins, à côté de son contenu.

Bon c’est vrai, c’est suite à une première séance de visionnement au cinéma en 2016, je crois, que j’ai profité de la rediffusion Arte. Je souhaitais m'immerger dans l’ambiance du noir et blanc ciselé, et pourquoi pas retrouver les larmes et les belles sensations du premier shoot. Je n’ai pas entièrement retrouvé cela, mais quand même…

Pour moi le premier quart du film d’abord est somptueux, pourquoi l’est-il ?
Il présente l’action/le métier/la quête du collecteur, c’est un endroit transcrit avec délicatesse et savoir. L’occasion d’entendre des musiques populaires de Pologne jouées et chantées en live est unique (par exemple les doigts bougés sur le violon et la cornemuse sont les bons alors que dans bon nombre de films il s’agit de mauvais playback ou de non instrumentistes). L’itinérance des collecteurs, le fait par exemple d’écouter et de partager la musique avec ceux que l’on a collectés est quelque chose que je n’avais jamais vu ainsi retranscrit et cela m’a profondément parlé et ému. Ce fut l’endroit des premières larmes lors de la première séance.
Dans cette première partie on verra comment le pouvoir communiste se sert des traditions populaires pour « propagander » intra territoire et extra territorialement : c’est la création d’ensembles folkloriques virtuoses qui, contrairement sans doute à ses instigateurs, serviront de haut-parleurs aux axes des gouvernants dans le pays et au-delà. Les tournées à travers toute l’Europe stigmatiseront le capitalisme et célébreront les forces de progrès en même temps qu’elles donneront une illusion de liberté aux danseurs et musiciens eux-mêmes informateurs du pouvoir. Les collecteurs quittent la salle, demeurent les commissaires politiques, que chacun d’entre nous ayant fréquenté cette époque, a vu aux commandes de ce type d’ensemble. Et l’héroïne va identifier et pactiser avec cette nomenklatura pour au long du film vivre son amour. Elle y perdra âme et talent. Oui je me suis immergé dans la quête amoureuse que je n’ai pas trouvé du tout bancale. Et la dernière phrase du film est magnifique alors que le couple se donne la mort : "passons de l’autre côté…"

Ensuite, dans un Paris magnifiquement restitué, la musique filmée est vécue : la reprise du duo traditionnel repéré par le héros (pianiste) lors de la campagne d’audition sera réarrangée jazzy par lui et donnera un solo face caméra époustouflant d’émotion. Je ne savais rien du swing polonais, la froideur de l’héroïne me le transmet et c'est le grand frisson. La dépression du pianiste devant ses collègues de scène désemparés, est musicalement restituée : il ne parle pas, c’est vrai, il vit, il joue, il écrit, il arrange et il transmet son intériorité par la musique.

Personnellement j’y ai cru avec toutefois moins d'implication à la seconde plongée."

Jean-Louis Le Vallégant

Rock'n roll attitude

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Vous le savez, on aime découvrir et apprendre.
Peut-être un petit peu old school comme attitude, mais c'est ce qui nous fait du bien. Et donc, ceux qui sont comme nous vont A-DO-RER cette chose que nous ne savons pas vraiment nommer, mais qui a été baptisée Tangente par ceux qui l'écrivent. Entre une histoire du rock et une exploration de thématiques transversales, Tangente est faite par les gens d'Hydrophone, lieu de musiques actuelles à Lorient, qui rebondit avec brio sur la fermeture des salles de concert en réinventant sa relation avec ses spectateurs par le biais de l'écriture. Et ça, c'est exactement ce qu'on attendait du confinement : des idées, des détours, des contournements, des chemins de traverse, des tangentes, mais oui dis-donc, voilà comment ils en sont arrivés à ce nom-là... On vous relaye les deux premiers épisodes, le premier sur Bruce Springsteen (yes !) et le second sur les pionnières et héroïnes du rock (yes yes yes !).

Un espace de collaboration dédié aux musiques actuelles

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Musicien·ne·s, chanteur·se·s, technicien·ne·s, festivals, labels… Les gens des musiques actuelles, en Bretagne, étaient jusque là peu connectés entre eux. Un collectif vient de créer cette nouvelle structure, Supermab, espace de collaboration et de partage destiné à la fois à réfléchir et à travailler ensemble. Mieux se connaître, coopérer, accompagner les mutations, représenter un milieu auprès des collectivités et des institutions, des visioconférences sont organisées, permettant à ces professionnel·le·s durement touchés par la crise de sortir de l’isolement et de se tenir les coudes.

On vous propose d’écouter ce qu’ils en disent sur Radio Balises, dans l’émission La Quotidienne, où ils étaient invités.

Une nouvelle maison d'édition à Lorient

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On vous en reparlera plus longuement plus tard, mais on vous signale la naissance d'une jolie petite maison d'édition, La Ronde de Nuit, portée par des passionné·e·s de beaux textes (leur mantra : Nous aimons lire). C'est du local - plusieurs membres du collectif habitent et travaillent dans le Morbihan, et les deux premiers livres sortis ont été imprimés à Brest.
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On vous rappelle la sortie, le 26 novembre (jeudi prochain, donc), d'un numéro exceptionnel de Sorties de secours, entièrement consacré à une idée - un marché en ligne dans un média - qui nous est venue en voyant passer l’annulation d’un marché automnal dédié à l’image imprimée, à Lanester, Substrates.
On vous y emmènera, ici même, en vous faisant découvrir des artistes, des oeuvres. Faites leur bon accueil, emballez-vous, contactez-les, offrez (vous) des œuvres, prouvez-nous que ces nouvelles formes de culture, que nous tentons d’inventer, peuvent tenir tête aux mastodontes de la vente en ligne, que faire vivre des artistes, c’est une responsabilité que vous endossez, parce que, comme nous, vous aimez l’art, sa liberté, son sens et sa force.

En attendant, vous pouvez aller faire un tour du côté de leur page...

Se vider la tête

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On termine ce numéro avec un truc un petit peu moins culture et un petit peu plus perso. On vous l'a dit plus haut, cette saison 2 du Grand confinement génère du stress et des tensions chez nous, que nous avons - un peu - réussi à canaliser par une activité manuelle - le crochet - découverte grâce à un site breton (l'atelier est à Guidel) qui cartonne, avec ses kits de DIY (Do It Yourself = Fais-le toi-même).

Super Chouette vend des kits de crochet, tricot et couture pour réaliser soi-même des vêtements, sacs ou accessoires. Ce sont des copines, ok, c'est un site de vente en ligne, ok, mais c'est du local, et franchement, depuis qu'on a commencé à faire bouger nos mains en écoutant les podcasts de France Culture sur le théâtre, on trouve ça plus sympa que de se gaver d'antidépresseurs... On vous invite à aller faire un tour sur leur site, où il y a plein de tutos. Nous, on a appris les bases du crochet en moins de deux heures, et d'ici quelques jours (ça va très vite, oui, pour les pressé·e·s comme nous) on aura enfin la grande pointe verte qu'on n'arrivait pas à trouver dans le commerce...