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N° 218#1 - SEMAINE DU 1ER AU 7 AVRIL 2021

PAYSAGE
Cette semaine, on n'a pas trop la patate, et ça va être dur de vous communiquer notre enthousiasme comme on a coutume de le faire. Le ton de ce magazine est suffisamment personnel pour qu'on puisse vous le confier, d'autant plus qu'on est persuadées que vous vous en rendriez compte par vous-mêmes. Alors on vous propose une grande balade dans la création musicale du moment - en Bretagne - en glanant dans notre boîte mail toutes les nouveautés reçues ces derniers mois, et on va laisser parler la musique...
full moon little house
On commence avec "Black mirror", un joli clip en clair-obscur sur un morceau atmosphérique et mélancolique de Kevin Navizet, alias Full Moon Little House, un projet incubé à Lannion. Sur sa page Facebook, le projet de diffusion d'un morceau par mois, à suivre...
NEZICK
Un autre joli projet qui est arrivé à nos oreilles, celui de Nezick, musicien morbihannais, une musique émotionnelle très cinématographique, qui donne envie de rouler dans une décapotable, les cheveux aux vent, au coucher du soleil. A la frontière de l'électro, les claviers embarquent et les voix font flotter entre légèreté et mélancolie...
Recto Verso EP Sin Ross SD
Sin Ross est un trio Rennes-Saint-Malo, des voix féminines un peu étranges, une musique aux frontières du rock, qui embarque bien, avec une part visuelle et graphique très importante.
Un vrai univers plastique et sonore, très travaillé.
HARRY
Au passage, on vous invite à découvrir l'univers de Harry Hadler, graphiste de Clisson, qui nous plait beaucoup, on a complètement craqué sur ses croquis nantais, notamment... C'est lui qui a réalisé le visuel de Sin Ross, dans un univers très différent, plus "métal" mais très beau.
H_C_Yves_de_Orestis
On vous fait écouter Les Amirales, un projet musical brestois né de la rencontre entre la violoniste Mirabelle Gilis, proche de Miossec, avec qui elle a collaboré sur disque et sur scène - et qui cosigne les paroles de "Mon coeur", qu'on vous propose d'écouter - et la chanteuse Sara Petit, accompagnées du batteur Guillaume Rossel (musicien auprès de Rachid Taha).
CHAPI CHAPO
Collector est le quatrième album de Patrice Elegoet, Chapi Chapo, musicien finistérien qui collectionne les jouets musicaux - sa collection compte plus de 600 jouets anciens - et qui a, sur cet album, travaillé plus particulièrement sur les jouets électroniques : synthétiseurs miniatures des années 1980, jeux éducatifs à piles, comme la Dictée Magique, en passant par des lecteurs de cassette, mêlés à de vieux jouets plus acoustiques, comme les toy pianos, cloches, moulins à musique et petites percussions. Ludique et pop.
PABOEUF
Le saxophoniste Daniel Paboeuf, figure de la génération rennaise et collaborateur de Marquis de Sade, Niagara, Françoise Hardy, Dominique A ou Afrika Bambaataa, a sorti en février son 1er album solo "Ashes ?", réalisé par Thomas Poli, fruit d'une nouvelle collaboration avec le réalisateur et musicien rennais (Miossec, Laetitia Sheriff, Dominique A...). On a bien aimé ces réminiscences des années 80, actualisées à la sauce électro jazz d'aujourd'hui, avec un bon gros sax à la fois rythmique et sexy, et une façon têtue de chanter, dans le très beau titre "Hélico".
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Un jeune - 18 ans - rappeur lorientais, Milua, qui fait partie de la sélection des Auditions Bretagnes 2021 pour Les Inouïs du Printemps de Bourges (avec Barbara Rivage, Clavicule, Eigthy, Elliott Armen et Julien Appalache). Un projet qui a grandi dans le quartier de Kervénanec, soutenu par Hydrophone, scène de musiques actuelles l'orientais.
Sebastien Guerive
On a bien aimé son très beau clip, qui mélange danse et images, en noir et blanc, et une musique assez minimale, un peu anxiogène, tendue, mais très réussie. "Omega Point est un album instrumental s'inspirant de la forme d'une BO de film de SF. Proche du plasticien, Sébastien Guérive s'attache autant à l'aspect textural du son qu'à la mélodie. Mêlant ambient, sound design et mélodies minimalistes entêtantes, le nantais continue d'explorer de nouveaux espaces sonores pour offrir des expériences musicales et scéniques inédites."
Ô-Lake

Le coup de coeur

Il a beaucoup été programmé du côté de Vannes, par l'Echonova avec ses "siestes sonores" et nous on l'aime beaucoup. On vous conseille d'écouter au casque cette musique délicate, qui fait résonner et enfler les émotions intimes, qui porte et élève littéralement, par une gestion très fine du volume et un son splendide. Une musique sur laquelle on peut se projeter son cinéma perso, poétique et délicate.

C'est pur, c'est beau, on a complètement craqué.

Ô Lake, compositeur rennais, vient de sortir le premier titre de l'album "Gerry (Music inspired by the motion picture)", inspiré du film de Gus Van Sant, qui sortira le 4 juin. Composé dans le cadre d'un ciné-concert pour le festival de cinéma Travelling (Rennes), cet album/bande-originale mêle piano, pièces néo-classiques orchestrées et textures électroniques.
"Dès le début du processus de création, je souhaitais que ma musique et le film ne puissent faire qu'un, que cette nouvelle bande son épouse au mieux les intentions du réalisateur et qu'elle puisse être considérée comme la véritable bande originale."
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Demi-sel, c'est le podcast à transférer à vos amis qui adoooorent la Bretagne, ou à écouter s'il vous reste encore des choses à apprendre sur la bière, avec la brasserie Uncle, les produits du terroir breton cuisinés par une chef étoilée, Nolwenn Corre, la culture du safran, avec Frédérique Dameron, les algues avec Scarlette Le Corre, ou encore le sarrasin, avec Bertrand Larcher, fondateur des Breizh Cafés...
CINELOVE
Polina
Cette semaine, on a vu "Polina, Danser sa vie", un film coréalisé par le chorégraphe Angelin Preljocaj et Valérie Müller, sorti en 2016, d'après la BD de Bastien Vivès, qu'on avait beaucoup aimée. Il ne reste plus que l'arête centrale du bouquin - une jeune danseuse classique acceptée au Bolchoï qui plaque tout pour trouver "sa" danse, avec la découverte du contemporain. Bien qu'un peu froid, le film est beau, grâce une photographie très travaillée, et raconte bien la danse, son travail de création, et son essence. Et on se régale de retrouver Juliette Binoche en chorégraphe un peu rude, mais très réaliste, puisque la comédienne a dans la vie une pratique de danse...
morgane

Un bref instant de splendeur. Océan Vuong

Editions Gallimard, 288p, 22 €


L’amour, l’amère, la mort, l’Amérique... L’Amérique, elle, a ici, le goût d’une chanson de Joe Dassin qu’on aurait trempée dans le verre de Charles Bukowski ou de Raymond Carver.
Ce « bref instant de splendeur », premier roman d’Océan Vuong, a réellement du corps. Le genre de corps qui rentre dans le tien, créant une addiction immédiate jusqu’à ce que le manque devienne une réalité à la 288e page.

Du Vietnam, un garçon ramène dans ses bagages une mère cabossée et une grand-mère esquintée par la guerre. Il apprend vite à reconnaître en arrivant ici, la couleur des bleus, la douleur des jaunes, l’aigreur des blancs, la trace au marqueur de Rose, la saveur du rouge-sang.
On l'appellera « little dog » puisque sa grand-mère Lan le nomme ainsi dans ses histoires et dans sa vie. Elle est une funambule sur un fil devenu flou. Il est un fils perdu sous une pluie de coups.

L’amour pourtant s’immisce sur le coin d’une table, quand l’écriture, elle, se plisse au vent d’un son crade. C est un courrier sauce aigre-douce que rédige little-dog à sa mère illettrée. Illustrant sa vie décousue, il saute de l’enfance à l’adolescence, de la violence à l’incandescence. Sur le bord d’une cicatrice un désir profond fait surface. Sur la virgule d'une plaie, le sort de jeunes hommes vient subitement se ficeler, se suturer le dos à la face. Des perles véritables sur un battement de sueur scalpent des âmes-cœurs tendrement, sauvagement.


Dans son sang veineux, l'Amérique s’endort, injectée d’opiacés, elle ne sent plus son corps. Elle laisse filer les étoiles de sa jeunesse vers les cieux crépitant aux odeurs de paillettes. Le fond d’une petite cuillère en guise d’american dream.


Océan : Marche ou crève
Océan : Crache ou rêve
Océan : Mets de la couleur sur tes dessins de vaches
Océan : Continue d’écrire des bouquins qu’on s’arrache.
ocean
Né en 1988, l'auteur reçoit les prix Whiting et T.S Elliot pour son recueil de poésies « Night Sky with Exit Wounds ». Dans ce roman inspiré par Kafka, sur le fait d’écrire à quelqu’un qui ne le lira pas, Océan Vuong nous balance une bouteille à la mer. Dans l’impossibilité à communiquer avec l'autre, il vient interroger son « moi » le récit vient servir à celui qui l'écrit. Il choisit délibérément la terre américaine, terreau spolié à coup de génocide indien, un monde de violence pour poser environ, estime-t-il, dix pour cent de sa vie. Il vient du poème et recherche une forme singulière où il teste les limites de l’écriture.