aria

Dans « Pretty Woman », Richard Gere emmène Julia Roberts à l’Opéra voir « La Traviata », la surveillant du coin de l’œil pour surprendre une émotion qui surgit à la fin sous la forme d’une belle larme bien ronde comme seul sait le faire le cinéma hollywoodien.



L’opéra est en effet une rencontre, improbable si l’on tient compte des innombrables codes qui le composent, mais qui, lorsqu’elle advient, nous laisse pantois·e·s. Comment, dans ces décors souvent très kitschs, ces costumes de pièces montées, ces paroles dans une langue étrangère, ou inaudibles, ces intrigues dégoulinantes faites de jalousie, de drame, d’amours contrariées, l’opéra arrive-t-il à nous toucher ? Peut-être parce que la musique – dont on connaît malgré nous les grands thèmes, merci la pub – joue avec nos émotions, et qu’il arrive toujours un moment où elle va entrer en résonance avec notre humeur du moment : exaltation, mélancolie, passion, nostalgie, joie, colère… Peut-être parce nous nous sentons reliés les uns aux autres, du parterre au balcon, par le partage d’une émotion commune, reliés par l’arrondi des salles d’opéra, percevant les sensations de chacun, mais aussi toutes celles des spectateurs avant nous, imprégnées dans les dorures et les velours de ces lieux.

L’Opéra de Paris s’était déjà constitué en acteur numérique avec « 3e scène », un site formidable de création vidéo sur le thème de la danse, dont s’étaient emparés de nombreux artistes, plasticiens, réalisateurs, auteurs… (Abd Al Malik, Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Pierre Bergé, Bertrand Bonello, Bret Easton Ellis, Jonathan Littel, Eric Reinhardt, Xavier Veilhan, Apitchatpong Weerasethakul, Rebecca Zlotowski…).

Cette semaine vient d’être mis en ligne un nouveau site, plus pédagogique, une application pour mobiles et tablettes, nommée « Aria », et c’est une mine. Découpée en trois grandes sections : opéra, ballet et « crossover », Aria est une ressource documentaire gigantesque mais faite pour être accessible facilement, et peut se consulter selon ses habitudes, de manière thématique, de manière aléatoire, ou par une guide dialoguant avec l’internaute. Perso, on n’est pas fana du ton employé dans la navigation, qui force sur les points d’exclamation et les encouragements positifs, nous donnant un peu l’impression d’avoir quatre ans, mais le contenu force l’admiration par l’intelligence de sa pédagogie, qui réussit le miracle de parler à tout internaute. Que l’on soit familier du propos ou pas, que les noms résonnent ou pas, incollable ou novice, Aria sait nous embarquer, nous intéresser, nous surprendre, raviver nos souvenirs.

Dans chaque sujet, que ce soit par l’angle choisi ou le contenu, un détail finit toujours par nous happer, que ce soit sur un thème que l’on pensait maîtriser ou a contrario, sur un autre que l’on pensait obscur ou complexe. On feuillette ainsi des sujets aux textes très courts mais super bien gaulés, recelant une seule information sur chaque écran, toujours illustrée par des images, des extraits sonores ou des vidéos, le tout formant une masse documentaire légère à avaler, mais qui tient au corps. Un peu comme des fruits secs en randonnée : on a l’impression qu’on n’a rien mangé, mais au final, on a du jus pour grimper au sommet.

Nous, on a choisi de musarder au hasard des sujets, piochant dans le plateau ce qui nous plaisait dans leurs « crossovers » : « Peindre et sculpter la danse », « Ballet et art contemporain », « Classique et électro », « Ballet et culture pop ». Aria permet de passer quelques minutes (chaque « fiche » annonce son temps de lecture) ou des heures à découvrir Balanchine ou Preljocaj, « Giselle », « Manon » ou « Don Giovanni », le métier de régisseur de scène ou celui de peintre de décors, Ravel ou Offenbach, les mystères de la voix de soprane ou de baryton, la création d’un livret d’opéra ou celle de costumes de ballet… Et pour faire une boucle avec notre intro, on vous conseille de terminer par une friandise « Les espions et les gangsters vont à l’Opéra », pour retrouver « Le Parrain », « Quantum of Solace » ou « Peaky Blinders », à l’Opéra.