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Cécile Borne. Archéologie de l’abandon. Expo

Par Isabelle Nivet
PLASTICIENNE, VIDEASTE, CHOREGRAPHE, CECILE BORNE COLLECTE, DEPUIS DES ANNÉES, LES TISSUS QUE REJETTE LA MER SUR LES GRÈVES. CETTE MATIÈRE, CLASSÉE COMME PAR UN·E ENTOMOLOGISTE, ELLE EN FAIT DES ŒUVRES OÙ LE TISSU DEVIENT UN MEDIUM EN SOI.
CETTE ARCHÉOLOGUE DU TEXTILE RACONTE DES HISTOIRES OÙ L’IMAGINATION TIRE LES FICELLES ET OÙ LE SENS N’EST JAMAIS TIRÉ PAR LES CHEVEUX.

D’abord, il faut les voir. Nous, on en voit jamais, des tissus, flottant dans la mer, enfouis dans le sable, coincés entre les rochers. Elle, elle voit. elle sait où aller,
quand y aller. Baie de Douarnenez, une petite cuillère à la main, elle désensable, désenvase, désincarcère, aussi précautionneuse qu’une archéologue sur des
fouilles quadrillées, on a tous cette image en tête du pinceau qui chasse patiemment les grains de sable pour trouver la forme. Les tissus vivent leur vie dans la
mer, et Cécile, elle, elle a appris à lire leurs étapes, à deviner leur histoire, leurs histoires. Celles de leur première vie et celles que leur ajoute la mer :

Cette petite tache sombre, là, au coin de la poche, c’est typique d’un bic qui fuit… Ces traces noires, c’est caractéristique du cambouis qu’on essuie sur un chiffon… Ces auréoles orange, elles viennent de certaines plages qui sont chargées en fer. Les tissus enduits, eux, flottent toujours en mouvement, et l’enduit finit par disparaître sur les plis, imprimant, en quelque sorte, les mouvements de la mer sur le tissu…

C’est l’addition de ces deux vies des tissus qui crée des textures exceptionnelles, étonnantes, nous ramenant à l’essentiel, des couleurs brutes, des beiges, des gris, des écrus, des blancs. Peu d’imprimés résistent, peu de couleurs survivent.

Dans une vitrine, une pièce incroyable : à six mois d’intervalle, Cécile a collecté les deux moitiés d’une même chemise, reconnaissable à sa frise imprimée. La
partie gauche est devenu grise, l’autre est restée blanche. Cécile a sa petite idée là dessus :

La première a du séjourner froissée dans la vase, ce qui a créé cet effet batik et ce gris, la seconde est plus usée, on voit qu’elle a été brassée en surface

Au fil du temps, Cécile a appris à « lire » le parcours de ses trouvailles :

Le tissu échappe à l’archéologie maritime, il n’y a pas vraiment de recherches sur le sujet. Moi, je constate et je fais des hypothèses

Des extrapolations, voire des scénarios, même, comme pour cette combinaison qui ne ressemblait pas aux autres :

D’habitude, les combinaisons portent des traces de travail aux endroits où l’on s’essuie les mains, ou des coulures, des taches. Sur celle-là, il n’y avait que six taches très précises, aux coudes, aux genoux et aux fesses, et dans le dos, une inscription au marqueur : LATEUSS. J’ai cherché ce nom sur internet, trouvé des images d’un Brestois un peu fêtard, et l’hypothèse m’est venue que ce type pouvait être venu faire la fête aux Gras de Douarnenez, où il aurait porté cette combinaison à son nom. Aux Gras, qui sont très arrosés, on finit souvent à quatre pattes, ce qui expliquerait la position des taches. A la fin du carnaval, l’homme aurait balancé la combinaison à la mer

Les tissus collectés par Cécile sont ensuite rincés, séchés, rangés par couleurs et par tailles. Commence alors le travail de plasticienne. Des toiles, où les tissus composent des histoires abstraites, ses « haïkus de chiffon », et des installations comme des collections. Collection de casquettes, étrangement scalpées à l’identique par la mer, collection de vêtements, ou plutôt de parties de vêtements, qui présentent d’étranges similitudes avec le patronage des vêtements de haute couture, réalisé en toile écrue. Ces manches, devants, derrières, jambes ou cols, composent un immense tableau de dentelles naturelles :

La maille, ou jersey, ne se transforme pas de la même façon que les autres tissus : des trous apparaissent jusqu’à former comme une dentelle, et la teinte redevient organique

Le résultat, d’une grande poésie, c’est un mur entier couvert de pièces qui évoquent le vêtement sans plus en être, comme des épures, des idées de parures,
à la fois très simples et merveilleuses. Une légereté qui n’est pas forcément de mise avec l’installation qui leur fait face « Disparition » (notre photo) qui rend
hommage aux migrants disparus en mer, composée de bustes de plâtre, moulés sur des anonymes et recouverts de tissus rejetés par la mer. Une métaphore
puissante où le tissu devient statuaire, où le sens vient enrichir le plaisir, au sein de cette exposition très riche, qui comporte également un volet inédit, autour des matières plastiques, dont nous vous laissons la surprise, à vivre lors de votre visite…

> « Archéologie de l’abandon », à la Galerie du Faouëdic, Lorient, jusqu’au 19 mai

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