Alice Dufay. Illustration

Il y a quelques années, nous avions participé à une conversation sur tabourets, qui disait à peu près ceci : « L’illustration, non, ce n’est pas de l’art. Le dessin, c’est léger, c’est mineur » Ah bon ? Gustave Doré, Victor Hugo, Eugène Delacroix, Hans Bellmer, Kate Greenaway, des a minuscules ? Le débat est finalement dérisoire, tant le dessin est important dans nos vies, tellement il est utile à nous rendre heureux, juste par le plaisir de voir le trait reformuler le monde… Ce monde, Alice Dufay, qui n’a pas de complexes à se définir comme illustratrice, en prend de petits morceaux et les isole pour en faire des motifs en noir et blanc. Des animaux sauvages presqu’abstraits, tellement leur texture répétitive devient papier peint ; des végétaux pour lesquels elle a une passion, où les follicules, capillaires, nervures, deviennent trames. Et des cheveux, comme des mailles tricotées. La couleur arrive par transparence, en petites touches « Je rehausse mes dessins de manière assez discrète. Une chaussette de couleur, un motif… ». Coco Chanel disait quelque chose comme « La dernière chose que vous mettez en vous habillant, c’est celle qui est de trop ». Pour Dufay, il y a de ça : une recherche de justesse, d’équilibre, d’élimination du redondant, du trop. Installée à Caen, Dufay dessine à la main, au Rotring ou au Bic : « J’aime le côté frais et brouillon que ça donne », et s’épanouit dans les univers de l’enfance, de la féminité « On voit rarement les visages dans ce que je fais, pour pouvoir se projeter ». Pas des gravures de mode : des filles, des cheveux, des jambes, des chaussures, des pulls. Des filles universelles, intemporelles, qui se penchent pour enfiler une paire de bottes, qui rabattent leur capuche pour aller sous la pluie, dont les cheveux tombent dans les yeux
« Ce qui m’intéresse, c’est surtout la posture. C’est toujours de là que je pars. Les silhouettes, les lignes, les courbes ».

Un peu comme les dessins que l’on fait ado dans la marge, ces silhouettes que l’on habille, des projections de soi, des rêveries de femmes en devenir, mais en mieux.

ISABELLE NIVET
Février 2017


 

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

x