Au bord de la Sanda. Gyrðir Elíasson

LES LIVRES DE BÉNÉDICTE LANFREY

ARTISTE PEINTRE, IL A CHOISI DE QUITTER LA VILLE POUR RENCONTRER LES ARBRES • IL S'INSTALLE DANS UNE CARAVANE AU NORD DE L'ISLANDE, EN BORDURE DE FORET • C'EST L'ÉTÉ, PUIS C'EST L'AUTOMNE : UNE SAISON EN ENFER ? UNE PLONGÉE CONTEMPLATIVE ET PUISSANTE « INTO THE WILD »

L'Islande, les arbres, la peinture : ce livre me tend ses pages. Fan des écrivains du Grand Nord, je m'attends à un polar obscur. C'est pas un polar. L'énigme qui se joue là est une tectonique intérieure subtile et profonde... Irréversible.
L'auteur islandais encalmine son personnage dans un camping de caravanes au bord de la Sanda, une rivière glaciale. Il a fui la ville, la société, et sa famille, pour rencontrer la nature et les arbres. Et retrouver l'envie de peindre ? C'est l'histoire d'un choix. La nature et l'art contre la société des hommes. L'été et l'automne racontent avec poésie la valeur et le prix de la grande solitude, celle qu'on choisit à ses dépens. La nature islandaise est peinte sous son angle
le plus original, celui du végétal. Arpenter la forêt, manger un peu, essayer de peindre et continuer à lire, une vie dépouillée. Il s'accroche aux mots des peintres. Mais lui ne parle plus. À personne.
J'ai adoré la musique de ce livre. Les phrases avancent d'un pas rapide dans les méandres du minuscule. Elles ont les mots limpides et précis des silencieux, scories volcaniques tout en rondeurs translucides et en saillies coupantes. Le texte est court (160 pages) mais il impose une lecture lente, profonde et sensible, en pleine conscience. Et souvent, des phrases- trésors gonflées de sagesse nordique : « Il en va des arbres comme des gens. J'ai toujours trouvé plus remarquables ceux qui donnent à voir l'expérience de la vie »
Et puis cette chute... Si douce, si douce, si dure. Pour la première fois, j'ai eu envie de tout relire, tout re-capter, tout re-sentir... Comme si malgré tout ce qu'il m'avait inspiré, j'avais peut-être raté l'essentiel.
Je garderai de ce livre...
Vivre son art est une addiction qui se nourrit rarement de modération.

Éditions La Peuplade, 160 pages, 18 €

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

x