Bouquin. Affaire de genres & autres pièces de fantaisie. Michel Falempin

Bénédicte Lanfrey. Mars 2020

Jean-Philippe* était absent. J’ai choisi mon livre toute seule, au hasard, en haut, à droite sur le premier îlot devant l’entrée. Une couverture bleue et sobre, un titre mystérieux. Rendez-vous en terre de lecture inconnue !

Choisir un livre « au hasard », surtout pour le chroniquer, c’est un peu flippant. Affaire de genres... J’ai imaginé que ça parlerait de personnes à vulves (on ne dit plus « femmes », ok ?). Les affaires de genres, tellement mainstream... ça m’amuse. Trois lignes ont dissout toute possibilité d’amarrage à des terres littéraires connues. Qui est ce Michel Falempin ? Que sont ces 172 pages ? Ahhhhh... Si Jean-Philippe avait pu me pitcher le bouquin, j’en serais pas là... À essayer  d’identifier cet OVNI littéraire. Depuis quand je n’me suis pas retrouvée « perdue » entre des lignes, comme ça ? Mais perdue... perdue... et aussi époustouflée...
Tu vois comment c’est foutu, un cerveau, avec tous ses plis ?

Et ben, Michel Falempin, on dirait qu’il est capable de suivre toutes les circonvolutions de chaque pensée, en suivant chaque ligne de chaque bout de cervelle avec son doigt d’écrivain... Il donne du relief à l’âme en ajustant des images comme un mur de pierres sèches. Il marie des mots qui ne se sont jamais rencontrés avant, c’est sûr. Mais qui, pour le coup, on l’air de consentir.
Les phrases sont charpentées et tordues comme une œuvre de Gaudi.

Tout tient debout, malgré des lois de gravité improbables. Lire du Falempin, c’est comme écouter du Jean-Claude Van Damme. On n’est jamais sûre d’être à la hauteur de leurs mots. Trop haut pour l’un, bien trop petit chez Falempin. Il faut adopter une lecture fractale : se bercer des détails et fabriquer un sens. Un sens ? Il écrit de courtes histoires qui racontent des lieux, des petites choses, des dieux, et la langue. Rien de concret. Un voyage en langage... et une discussion
intérieure... comme s’ils étaient plusieurs dans sa tête, à digresser de chaque idée. Tout a été pensé avec précision. Il a fallu plusieurs vies pour penser tout ça ?

« Tout un chacun, maintenant, a quitté l’invisible véhicule d’un voyage empêché. »

Wikipedia dit qu’il écrit « en dehors des genres littéraires » ... Je suis un peu rassurée... Je savais pas qu’on pouvait faire un livre avec cette langue là... On sent le philosophe, on entend le poète, on voit l’écrivain. Et je vois émerger une lectrice... qui prend du plaisir à laisser filer la langue.
Ce que je retiendrai de ce livre : osons lire, voyager (et vivre ?) au hasard.

* Jean-Philippe est le libraire du Silence de la mer

Héros-Limite
176 pages
18 €

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

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