Icinori. Exposition

Par Isabelle Nivet
Quand on a su qu'Icinori exposerait à Lorient ses dessins, on a bondi. Curiosité de découvrir qui se cachait derrière ce nom valise - un duo : Mayumi Otero et Raphaël Urwiller - curiosité récompensée par la simplicité et la poésie de leur approche, sensible et intuitive.

On vous a déjà envoyés à Rennes voir Icinori, pour Spéléographies, l’été dernier, mais cette fois c’est plus sérieux, à Lorient, c’est toute une exposition qui leur est consacrée, à ce duo de « jeunes » illustrateurs - ce sont eux qui insistent sur le mot « jeune », ça doit leur tenir à cœur d’être jeunes. On peut le comprendre
cela dit, car ils sont déjà bien en haut de la pyramide des illustrateurs « bankables », publiés dans des colonnes prestigieuses, du New-York Times au Monde. Mais ce qui est exposé à la Galerie du Faouëdic, c’est autre chose que ces commandes - aussi réussies soient-elles - à savoir leurs travaux de recherche, qui montrent un esprit en action, le chemin d’une pensée, le voyage de la création. Et à deux. Surtout. « Être deux ça fait taire l’ego. Icinori est le patron, on est ses deux esclaves ! Peu importe qui a fait quoi. On sait dessiner comme l’autre. L’autre est toujours auteur, même si son travail peut à un moment ne constituer qu’un choix. Pour nous, le dessin est complètement désacralisé : on a aucun problème à repasser dessus, à être critique ». Le processus chez Icinori, toujours le même, faire des gammes : « On produit un vocabulaire très dense dans lequel il faut trier, tailler, essentialiser. On a tendance à être bavards, donc on fait
attention. On s’échauffe, on brainstorme, on dessine, et on jette ou on garde. Puis on repioche de part et d’autre pour d’autres projets. C’est comme du collage à partir de nos propres travaux. On remonte des choses en stock, exactement comme en musique ». Le résultat est plaisamment évident : les dessins d’Icinori sont des variations sur le même thème, où glissent leurs fondamentaux du moment jusqu’à épuisement, et où se retrouvent des fils rouges que l’on a plaisir à reconnaître : l’omniprésence du jaune, le cercle, partout toujours, entre le code et le figuratif, les cartouches, entre encyclopédie et nomenclature. Ni des planches documentaires ni des cabinets de curiosités, les petites obsessions Icinoriennes sont de délicates pépites semées ici et là, tout autant dans la rigueur de la classification que dans l’accumulation foutraque « Parfois, il nous arrive de tout enlever, pour aller à l’essentiel ».

Une estampe lorientaise


A Lorient, Icinori a réalisé - ils sont les 20 e à répondre à cette commande de la ville - une estampe, et on a beaucoup aimé la manière dont ils ont flairé la ville, la définissant avec beaucoup de justesse et de poésie, dans le texte qu’ils ont écrit pour accompagner leur œuvre (Lire ci-dessous). Comme beaucoup, Mayumi et Raphael ont été déstabilisés par le vide des rues et la vie derrière les murs « Lorient est une ville coquillage, une pulsation enfouie dans une enveloppe minérale. Il y a une vibration, comme enclavée dans une chape, quand on entre dans les bars ». Les bars de Lorient, mythiques jusque dans les pages du guide du Routard, mais aussi quelque chose de plus subtil, mais bien réel, cette sensation de se tenir au bord du monde « Il y a comme un vertige, une sensation d’être en équilibre vers l’avant, comme si on allait basculer. C’est marrant, on était en Afrique du Sud récemment, et au cap de Bonne-Espérance, il y a cette même lumière, cette même sensation, ce truc de bout du monde ». Les matériaux typiques de la ville - Icinori adore le béton, ça tombe bien - ont trouvé leur place dans leur inventaire lorientais : « Le béton devient une montagne organique, redevient animal, plus du tout domestiqué. On voit qu’on est au bout de la chose domestiquée par l’homme, il y a une notion de transition ».
Lorient vue par Icinori

L'acier s'élance en filins, structures, grues, échafaudages, et retombe sur les quais, en carcasses, épaves, ancres, au repos.
Et puis le béton.
Ici le béton est ambitieux, arrogant, pourriture noble, patrimoine, corps malade, fierté, dégoût, utopie, élégance, ville, maison, église, bunker, montagne, grotte, paysage.
Ici le béton existe.

Galerie du Faouëdic, Lorient, jusqu’au 10 mars
Entrée libre.

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

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