Julien Magre. Photographie

C’est tellement banal. Un Paris-Melun. Un Paris- Beauvais. Un Paris-Orléans. Une voiture et des passagers, la nuit. Un espace hors du temps, la voiture qui file sur un rail, les perceptions étouffées par la nuit percée par les feux arrières des voitures doublées, les éclats des phares des camions, la sensation d ’être dans un petit monde clos, une navette pour aller d’un point à un autre ; et le sommeil qui prend par surprise, éteint la conscience, quelques minutes, parfois plus, le réveil par la douleur de la nuque endolorie, l’absence de repères, la voiture à l’arrêt dans un endroit inconnu, se frotter les yeux, retendre les cervicales dans l’alignement, reprendre contact avec la réalité, brutale, lumière, froid, sortir d’une démarche mal assurée, flotter dans cette étrangeté, des toilettes, des néons, la nature derrière, une nature d’autoroute, contenue, serrée entre le bitume et le grillage, ponctuée de mobilier de béton, de luminaires moches, d’allées bizarres menant nulle part…

Les images de Julien Magre racontent ça, à leur manière. Plus intime parce que c’est sa famille, ses enfants, sa femme, qui s’endorment à bord de sa voiture, au bord de ces aires qui deviennent fantastiques, Lynchiennes… La première salle de l’exposition prend la forme d’un tableau d’enquête, fragments de carnets, images, itinéraires, cartes routières, tickets… Les recherches faites pour la série. « L’idée c’était de me remettre dans la peau de mon enfance, les voyages en voiture, et projeter ces images mentales. Mais aussi rappeler des références cinématographiques de mon enfance, Duel, Christine, que j’ai revus avant de bosser. Je voulais raconter sans vidéo ni images animées, recréer un road movie en photo, par les temps morts du voyage. L’immobilité m’intéresse ». Magre fait des repérages, roule, et roule, et roule. L’autoroute devient son terrain de jeu, il part une semaine avec un assistant « à faire des images ». Puis il voyage vraiment, avec sa famille, pour les vacances, s’arrêtant en pleine nuit, utilisant des accessoires « une forme de mise en scène, avec des animaux, des fumigènes, des lumières, que je sortais quand je le sentais, pour créer un truc surjoué, mais voulu, quelque chose du cinéma fantastique des années 80. Ce sont des scènes de cinéma assumées, mais instinctives, inconscientes. Je ne suis pas cinéphage ».

La dernière salle raconte une autre histoire, à la fois douloureuse et lumineuse, dont nous n’avons pas envie de parler ici, bien que le rendu esthétique et l’émotion qui s’en dégagent soient exceptionnels. Vous comprendrez pourquoi en lisant le cartel, ou pas.

ISABELLE NIVET
Avril 2017

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

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