Michaël Duperrin. Odysseus, un passager ordinaire. Photo

« Les dieux tissent des malheurs pour les hommes, afin que les générations à venir aient quelque chose encore à chanter » Homère

Il a commencé sa série, entre enquête et quête, il y a six ans. Six ans que Michaël Duperrin suit les traces d’Ulysse, empruntant les chemins que les scientifiques ont cartographiés, notamment Victor Bérard, helléniste né en 1864, qui traduisit l’Odyssée et affréta son propre navire pour reconstituer le périple et poser les sites évoqués sur une carte géographique : « Selon lui, tous les indices sont dans le livre. Comme un manuel d’instructions nautiques. Pour moi, ce qui est intéressant, ce sont les entrelacs du réel et de l’imaginaire. Là où ça se croise. Circuler entre les strates de temps. Et quand on commence à creuser ça, on ouvre une boîte de Pandore… J’en ai encore pour quatre ans ». Quatre ans pour se coller sur les dix de l’Odyssée. Même temps et même espace.

Des chapitres et des saisons


Chaque exposition de Duperrin est différente et à la fois la même. Recomposée au fur et à mesure des images réalisées, elle raconte pourtant toujours la même histoire, mais à base d’évocations nouvelles, d’échos au mythe : « Chaque expo est comme un état des lieux. Un bilan provisoire de là où j’en suis. Des strates se rajoutent à chaque fois, je fais des sélections. Chaque sélection est une réinterprétation». Une réinterprétation sensible, intuitive, symbolique, plastique, poétique, ou parfois très concrète, et finalement pas si osée que ça, puisque « Au 5e siècle seulement on a commencé à fixer une tradition orale qui existait depuis le 3e siècle. Le mythe se réélabore en permanence, mais de manière orale. Moi, je réélabore le matériau à chaque fois, je retisse différemment avec le même matériau. Je raconte l’histoire d’une manière différente, je veux qu’on soit dedans… ». Le voyage de Michaël se superpose au voyage d’Ulysse. Il fait escale, reste plusieurs semaines à chaque étape, revient souvent, et respire, regarde, se laisse imprégner à la fois par les lieux et son Odyssée à lui, celle qu’il porte en lui, qui l’accompagne: « Dans l’épisode de Calypso, qui garde Ulysse prisonnier, il s’assoit face à la mer, pour déprimer et penser à son désir de rentrer. Je me suis assis au même endroit, mais aujourd’hui, ce sont les migrants qui regardent la mer… ».

Y voir du bleu


C’est à partir d’un procédé photographique ancien, le cyanotype, que Michaël Duperrin a réalisé cette série. Le résultat, des images de couleur bleu cyan, ce bleu pur bien connu des graphistes et des imprimeurs « Dans la langue d’Homère, il n’y a pas de mot pour définir le bleu. La mer est verte ou grise. Quand j’ai découvert ça, je m’intéressais parallèlement aux procédés photographiques. Pour avoir une gamme tonale large, il me fallait des images avec des micro-contrastes importants, des images où la lumière sculpte ». Le résultat, des photos oniriques, flottantes, irréelles, comme vues à travers des lunettes de soleil colorées, qui pourraient être celles du chanteur Christophe, teintées d’étrangeté et de poésie...

ISABELLE NIVET
Décembre 2017

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

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