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Numérique, oui mais... Géraldine en transition

Tu le vois le réflexe que tu as quand ton magazine culturel préféré passe en tout numérique ? De te dire « yes, c’est cool, plus d’encre, plus de solvants, plus de papier, plus d’arbres coupés, plus de déchets, plus de recyclage » ? Toi qui écris une chronique sur la transition écologique, ça te semble une plutôt bonne nouvelle. 

Mais ça, c’est juste avant que tu ne lises une phrase qui t’accable, à savoir que le secteur informatique serait responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l’ADEME (L’Agence de la transition écologique comme son acronyme ne l’indique pas). D’autant que le message est clair : nos usages numériques se démultipliant, cela ne devrait pas s’arranger à l’avenir, au contraire, cette empreinte carbone devrait doubler à l’horizon 2025.

À ce moment-là de ta lecture, tu as le choix, retourner te coucher et attendre tranquillement la fin du monde, en mangeant des Chamallows (tant qu’à faire, autant laisser tomber les radis) et en traînant sur Instagram, foutue pour foutue.  Et puis tu peux - comme d’habitude - te dire que tes petits gestes ne vont peut-être pas changer grand chose (la fameuse question de l’utilité de la part du colibri…) mais que, au moins, tu ne vas pas tirer sur l’ambulance. Evidemment c’est toujours cette option de l’alternative que tu choisis, juste pour rester droite dans tes bottes et te regarder dans le miroir.

Comprendre le problème


Le problème du numérique, finalement, quel est-il ? La moitié est liée à la fabrication de nos équipements informatiques, du téléphone à la tablette en passant par nos ordis, bien plus qu’à la consommation d’énergie nécessaire à leur fonctionnement. Le joli smartphone qu’on change tous les deux ans est composé de dizaines de métaux provenant de tous les continents. Un peu de cuivre du Chili, un peu de zinc de Chine. Ah oui, et vous me mettrez aussi un peu de nickel de Russie. Le fait que ces composants soient tout petits les rend paradoxalement plus énergivores et selon Greenpeace, il faudrait 80 fois plus d’énergie pour produire un gramme de smartphone qu’un gramme de voiture. Sur l’addition, il faut ensuite rajouter encore quelques lignes : la pollution des écosystèmes, l’exploitation humaine dans certaines parties du globe, dont le travail des enfants, le non-recyclage de ces matériaux qui forment des décharges immenses à ciel ouvert. (Vous reprendrez bien un Chamallow ?).

Deuxième partie du problème : l’indispensable internet. Là encore, les chiffres font vraiment (vraiment vraiment) flipper. Dans l’ordre des pays les plus consommateurs d’électricité au monde, il y a la Chine, les Etats-Unis et internet (qui n’est pas un pays, je sais). Car oui, toutes ces données, toutes ces images, tous ces mails, il faut les stocker, dans des immenses centres de données. En France en 2016, on comptait 182 centres de données, qui utilisaient 8% de la consommation électrique nationale. Sachant que depuis 2016, les data sont devenues encore plus big, forcément. Et puis, en bout de chaîne, il y a nous, internautes, de plus en plus nombreux·ses, de plus en plus gourmand·e·s, de plus en plus équipé·e·s, de plus en plus connecté·e·s.

Agir à son (petit) niveau


Une fois qu’on a dit ça, une fois qu’on a bien pleuré, parce qu’à l’allure où vont les choses, on ne voit pas tellement comment endiguer le problème, on fait quoi ? C’est là qu’il y a quand même une bonne nouvelle. Plus nous serons nombreux·ses à prendre la question à bras-le-corps et plus nous mettrons en place des bonnes habitudes, plus nous allons freiner cette courbe lancée dans une course folle. Il y a plein de petits gestes qui, multipliés par le nombre d’usager·e·s, peuvent vraiment faire le poids. 

En premier lieu, sûrement, réfléchir à notre réel besoin de changer de « device » (notre appareil pour surfer sur le web).

Mon smartphone (tablette, ordi, télé…) fonctionne : ai-je vraiment besoin d’un nouveau modèle ?

Suis-je en train de me faire avoir par la publicité ou par le marketing ?

Mon smartphone ne fonctionne plus… Est-il sous garantie, puis-je le réparer, puis-je le faire réparer, puis-je apprendre à le réparer dans un Repair Café près de chez moi ?

Est-ce que d’occasion je peux trouver un modèle qui finalement soit bien suffisant pour mon usage ?

Ai-je besoin d’un ordi « machine de guerre » alors que finalement je passe mon temps à surfer sur le web avec (oui finalement je ne me suis jamais mis·e au montage vidéo…) ? 

Et puis, on peut vraiment intellectualiser notre comportement face au numérique. À commencer par notre usage du mail.

Nettoyer sa boite mail, se désabonner des newsletters qu’on ne lit pas, ne pas mettre en copie la terre entière à chaque mail envoyé, réduire la taille des pièces jointes  comme au bon vieux temps des modems (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…). Tous ces gestes sont des réflexes que nous devrions commencer à appliquer sérieusement. L’impact réel est parfois difficile à comprendre, car encore une fois nous sommes dans un monde virtuel. Mais dès que l’on remet ça en perspective, cela devient plus clair… Un e-mail d’un mega c’est environ 20 g de CO2, soit une ampoule à incandescence de 60 W allumée 25 minutes. On l’a bien, le réflexe d’éteindre la lumière en sortant des toilettes… Alors imaginez ce que représente en terme d’énergie le (8428) en gras, entre parenthèses, signifiant le nombre de mails non lus dans notre boîte de réception ?

Sur la toile, on peut aussi fermer les onglets qu’on n’utilise pas (ça sert à ça les favoris), taper directement la bonne adresse du site que l’on souhaite visiter plutôt qu’utiliser systématiquement la recherche dans Google (ça sert à ça les favoris bis).
Une recherche dans Google, c’est 7g de CO2, je vous laisse calculer par rapport à l’ampoule.

En parlant de Google, on peut également changer de moteur de recherche et remplacer Google par Ecosia ou Lilo. La question du moteur de recherche et du remplacement de Google par un autre est souvent plus liée à l’éthique et à la protection de la vie privée (et dans ce cas-là, on peut aller voir du côté de Qwant), mais Ecosia transforme nos recherches en arbres plantés et Lilo en gouttes d’eau qui financeront des projets éco-citoyens, comme la protection de l’environnement.*
Tant qu’à polluer en surfant, on peut tenter de compenser d’une certaine façon…

Et puis, il y a aussi ne pas stocker nos données sur le Cloud (pas vraiment virtuel le nuage, il ressemble plus à celui de Tchernobyl…) et, pavé dans la mare, ralentir sérieusement la consommation de vidéos en ligne… Ça tombe bien, c’est l’été, on est déconfiné·e·s, un peu moins de Netflix à l’horizon ! Car oui, si tout simplement, on commence par se déconnecter un peu, c’est toujours ça de gagné. Et pour les accros à Instagram (suivez mon regard dans le miroir…), on définit dans l’appli un temps maximum autorisé à y consacrer, avec petit rappel de dépassement…

Pour aller plus loin


Regarder cette vidéo, qui, c’est bien indiqué, « réchauffe le climat »

Regarder le documentaire « La Tragédie électronique » de Cosima Dannoritzer pour s’informer sur les déchets du numérique

Installer l’extension Carbonalyse . Oups, en 9 minutes de navigation, j’ai fait transiter 16 méga de données, cela a nécessité 0.006 kWh d'électricité, soit 3 g de CO2, l’équivalent de 14 mètres de voiture. Quand je vois le temps que je passe au quotidien sur la toile…

Nettoyer sa boite mail avec Cleanfox  qui vous désabonne des newsletters que vous ne lisez pas, sachant qu’on ne lit en moyenne que 10% des newsletters auxquelles on est abonné·e...

Installer Blackle, un fond d'écran noir qui économise de l'énergie par rapport au fond blanc de Google


* La  problématique autour des moteurs de recherche est assez compliquée, car dans ce domaine, la perfection n’existe pas… Mais parfois mieux vaut un rhume que le choléra.

Géraldine Berry
IG @geraldineberry_lorient
Imparfaite, incomplète mais engagée, j'essaye de participer au jour le jour à une société plus verte, persuadée qu'une goutte d'eau dans la mer, c'est déjà ça.

Parce que la coopérative Biocoop Les 7 épis est une entreprise engagée et militante, c’est elle qui finance cette chronique et nous permet d’offrir une rubrique orientée solutions, dans l’objectif de vous donner des clefs pour agir.




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