Pierre-Emmanuel Barré. Humour

Interview

Vous êtes né à Quimperlé.Le fait que vous parliez aussi vite vient-il de l’enfance ?

Oui, à Quimperlé, tout le monde parle très vite, parce qu'on sait que c'est peut-être la dernière fois qu'on parle, c'est l'école de la street. Il y a de nombreux gangs qui sévissent dans la région. Comme j'ai habité à Moëlan sur mer, je faisais partie du gang de Gare la Forêt. On a tous une sardine tatouée sur le coeur, on ne plaisante pas. Pour rejoindre le gang, l'épreuve est simple, à 8 ans, on te donne une galette de sarrasin, tu dois l'élever, la voir grandir, créer une vraie relation père-galette. Et à 18 ans, le chef de gang t'oblige à la manger pour prouver ton attachement au gang. Vous avez fait une chronique sur les abattoirs. Auriez-vous vécu une expérience personnelle chez Bigard ? Cela a-t-il un lien avec le fait d'être aujourd'hui végétarien ? Oui, quand j'étais petit, on allait chercher des yeux de boeuf pour les disséquer avec mon frère. C'est comme un oeil d'humain en plus gros. Quand je ne les disséquais pas, je les utilisais pour faire peur à ma cousine, je les cachais sous son oreiller, et en pleine nuit, j'allais la réveiller en hurlant "Réveille toi salope ! On va tous te violer !". L'oeil ne servait à rien, mais on rigolait quand même.

Votre mère est psychiatre. Lequel des deux Barré a le plus influencé l'autre ?

Parle pas de ma mère ou je viens mettre un oeil de boeuf sous ton oreiller.

Pourquoi avoir quitté Quimperlé alors que vous auriez pu reprendre le cabinet de votre mère et pousser des gens au suicide ? (Remarquez, vous le faites déjà, mais en vrai c'est quand même plus marrant).

Une sale histoire de gang. Le 18 mars 1997, alors qu'on se dirigeait vers Kertanguy avec mes gars de Gare la Fo, on est tombés sur le gang de Langadoué, qui s'était allié avec les hommes de Kerpinvic. La bataille a été longue, mes frères mourraient par dizaines lorsqu'à l'aube, au bout de la vallée on entendait le son d'une corne, d'un chef ennemi qui rappelait toute sa horde. Je ne comprenais pas tout le chemin qu'ils avaient fait pour en arriver là, quand mon regard se posa tout autour de moi, j'étais le seul debout de la tribu voilà pourquoi.

Quel est l'intérêt d'être parti sur France Inter alors que vous auriez pu entrer à Radio Méduse ?

Je voulais commencer par un petit média, histoire de me faire la main. France Inter, c'est une entreprise à échelle humaine. Sur Radio Méduse, avec l'open space et le management à l'américaine, on perd en spontanéité. C'est une énorme machine.

Selon Wikipédia, vous avez joué dans Richard III, On purge bébé, et Toc et dépression très nerveuse. Faut-il y voir une métaphore de votre vie ?

Il ne faut pas croire tout ce qu'on lit sur internet. Une fois, j'ai lu qu'Emmanuel Macron était de gauche. Internet, c'est très bien, si on n'oublie pas que ça sert avant tout à se masturber.

Votre dernier spectacle s'intitule Pierre-Emmanuel Barré est un sale con. Votre mère ne vous a pas fait bosser l'estime de soi ?

On a surtout travaillé sur la recherche du sur-moi, et je crois qu'on l'avait trouvé avec ce spectacle. Aujourd'hui, je viens avec un spectacle qui s'appelle « Nouveau Spectacle ». C'est très terre à terre, mais ça va être ennuyeux au moment du prochain spectacle. A moins que je l'appelle « Prochain Spectacle » mais les gens ne viendront pas, ils se diront « Ah, ben on a le temps ».

Vous allez partager le plateau de L’Ellipse avec Blanche Gardin. Elle a le profil idéal pour entrer dans votre famille, dépressive et névrosée. Comptez-vous la présenter à votre mère ?

Bien sûr, on va surement tous aller dormir à la maison, ma mère a prévu une activité Lexomil le soir, et le matin, on prendra des grandes tartines de Tranxène pour commencer la journée du bon pied.

La meilleure pour la fin ? Est-ce que vous vous faites rire, ou êtes-vous profondément désespéré ?

Je me fais rire quand je me prends par surprise, du coup, quand je sens que je vais avoir une bonne vanne, je me bouche les oreilles, je la dis à quelqu'un sans écouter et je lui demande de me la répéter après. Mais parfois, elle est nulle et alors là, je suis profondément désespéré.

PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE NIVET
Mars 2017

Tu me donnes trop envie

Cette phrase, on l'entend chaque week-end quand on rencontre nos lecteurs...Parce que dans le Mémo Culture qu'ils reçoivent tous les jeudis au petit-déjeuner, on leur transmet notre désir. Notre désir de vibrer, de rire, de soupirer, de rêver, de s'émouvoir et de sortir.

Envie d’avoir envie ?

 

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