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Jean-Jacques Dournon. Expo

PAR ISABELLE NIVET

C’EST L’UNE DES FIGURES IMPORTANTES DU PAYSAGE ARTISTIQUE BRETON. CAMPÉ SUR LE PORT DE LOCMALO, À PORT-LOUIS, L’ATELIER DE JEAN-JACQUES DOURNON CRÉE L’ÉMOTION, TOUT AUTANT QUE SON ŒUVRE.

On se souvient de notre toute première rencontre, il y a presque quinze ans. Le choc d’entrer dans ce lieu, ancien atelier mécanique, gigantesque boîte posée sur le quai. L’espace, la lumière, l’air, la charpente métallique, les lignes des fenêtres au ras de l’eau, et les toiles, partout, certaines immenses, d’autres rondes, qui
s’ouvraient peu à peu à la compréhension, à la lumière de notre entretien, et l’émotion qui émergea, au fil des rencontres. L’émotion de ses citrons à peine reconnaissables, on n’oubliera jamais.

Quinze ans plus tard, malgré les nombreuses étapes et notre présence le long de son parcours artistique, il faut reprendre la conversation pour apprivoiser
le nouveau vocabulaire pictural de Jean-Jacques Dournon. Vocabulaire, un terme choisi à dessein (à dessin ?) pour l’une des trois séries regroupées sous le titre
Territoires, traces, écritures. Ecriture, c’est le fruit d’une traversée intime, dans laquelle Dournon a puisé de manière intuititive.

Il dit : « On a des formes en nous qu’on a gardé inconsciemment. C’est la main qui emmène le mot. C’est dessiner sans écrire. Je ne sais pas pourquoi j’ai écrit ça. J’étais dans la matière, j’oubliais ce que c’est que la lettre, le motif redevenait quelque chose de poétique, sans signification. Il me fallait être dans l’immédiateté, me vider et n’être que la trace. Il fallait que je me laisse aller sans sujet à la nécessité de l’instant » pour qu’apparaissent ces mots : « vertige », « trahison », « pourquoi nous ? », « oubliez ». Tracés au doigt, ces mots deviennent motifs, mêlés de cendres et de cheveux, et composent un paysage abstrait. Des paysages qui ne sont pas sans rappeler l’ancien territoire pictural de l’artiste, où il faut avoir beaucoup parlé de nature et de mer pour le saisir, l’entrevoir. Fait de traces et de projections, le paysage de Dournon n’est pas dessiné, il apparaît, notre imaginaire se connectant au sien, des paysages devinés, des paysages peut-être, des côtes ici, des falaises là, des arbres ? Peut-être. Cette absence de certitude, c’est tout le charme de ses toiles. Peut-être.

À la Galerie Tal Coat, Hennebont, jusqu’au 20 juillet

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