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Du journalisme d’investigation en faveur de la transition écologique

SPLANN

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L’investigation journalistique redonne de l’espoir aux Bretons. En révélant des sujets boudés par la presse régionale, en interrogeant les pratiques de l’agriculture intensive, elle montre que la transition écologique est à portée de main.

9 novembre 2022. La préfecture donne son feu vert pour la ferme des 26 000 cochons à Landunvez (Finistère), près de Brest. Elle valide l’extension de l’une des plus grandes porcheries du pays. Mais Splann! (« clair », en breton), un média d’investigation associatif, révèle que les conclusions de l’enquête publique, censées guider le choix des autorités, sont largement biaisées. Malgré un rapport d’enquête publique défavorable au projet, le décès d’un salarié broyé dans une machine de l’élevage, le préfet du Finistère a autorisé l’agrandissement de l’élevage en 2016. Le commissaire-enquêteur, lui, a été remercié.

Trois associations environnementales vont batailler en justice contre l’arrêté préfectoral d’autorisation. Et gagner : en première instance, puis en appel, en 2021. Mais le préfet persiste : il accorde une autorisation provisoire d’agrandissement et lance une nouvelle enquête publique. Alertés par l’enquête de Splann!, les citoyens du coin se mobilisent : ils seront 3298 à déposer. Sans compter plus de 200 mails. Pour l’anecdote, Landunvez compte 1500 habitants. Qu’importe cette mobilisation, le nouveau commissaire-enquêteur rend un avis favorable. Et rebelote, le préfet autorise l’agrandissement de la méga-porcherie.

Mais la justice s’en mêle. Les opposants reprennent alors espoir. Le pôle régional spécialisé en matière d‘atteintes à l’environnement, au tribunal judiciaire de Brest, a ouvert une enquête préliminaire, à la suite d’une plainte contre X pour « mise en danger de la vie et de la santé d’autrui », déposée par un collectif d’habitants.

Pollution à l’ammoniac, ratés de la méthanisation, les journalistes de Splann! poursuivent leur objectif : mettre sur la table des sujets boudés par la presse régionale. Autour d’Inès Léraud, autrice de l’enquête en bande dessinée Algues vertes, l’histoire interdite, avec Pierre Van Hove (éditions La Revue dessinée/Delcourt, 2019), et de Morgan Large, enquêtrice de terrain pour Radio Kreiz Breizh (RKB), ils abordent des questions d’intérêt général dans des enquêtes financées par les dons des particuliers. Celles-ci sont diffusées dans de grands médias, comme Mediapart, Le Monde ou France 3.

D’autres médias, comme Basta ! ou Reporterre, pratiquent aussi un journalisme d’investigation de terrain. Basta ! a récemment mis en lumière la pollution des terres d’une maraîchère bio du Morbihan par deux pesticides, dieldrine, interdit depuis 1972, et aldrine, prohibé depuis 1992. Le premier, très toxique pour l’humain et l’environnement, le second, classé cancérogène, ont été détectés lors d’un contrôle inopiné d’un organisme certificateur du bio. Mais d’autres paysans bio, ailleurs en Bretagne, ont décelé les mêmes produits dans leur sol. Désormais, la maraîchère, contrainte d’arrêter son activité, se bat pour faire reconnaître par l’Etat cette pollution qui rappelle celle de la chlordécone, un pesticide toxique utilisé en Guadeloupe et en Martinique de 1972 à 1993.

En Bretagne, transformée par 60 ans d’agriculture intensive, le besoin d’information est criant. Les Bretons, attachés à leur péninsule, montrent par leurs dons qu’ils soutiennent le journalisme d’investigation en faveur de la transition écologique. Morgan Large, dont les roues de sa voiture ont été déboulonnées à deux ans d’intervalle, continue d’interroger, sur le terrain, les agriculteurs et leurs voisins. Une parole sans filtre, qui dérange souvent les dirigeants de l’agro-business.

Raphaël Baldos. 28 septembre 2023

Depuis cet été, la rubrique « En transition » de Géraldine Berry, est passée entre les mains de  Raphaël Baldos, journaliste membre de l’ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne splann! Un choix fait conjointement avec la Biocoop Les 7 épis, qui parraine la rubrique, dans l’intention d’aller voir un peu plus loin. Pour cette troisième chronique, nous avons souhaité donner la parole librement à Raphaël, pour qu’il présente le travail qui est fait par Splann! et situer l’association dans le paysage médiatique.

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