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Géraldine en transition. Low-tech vs balek

Par Géraldine Berry. Avril 2021

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D’un côté tu as le rapport du GIEC* qui en gros nous donne trois ans pour assurer une forme de survie à la planète. De l’autre, tu as des élections présidentielles pour qui le climat c’est balek. Au milieu, tu rajoutes la guerre en Ukraine, et puis pourquoi pas une petite crise sanitaire qui ne semble pas totalement s’éloigner. En gros, si tu es un·e humain·e un peu normal·e, tu as juste envie de te terrer pour toujours sous un tas de compost. 

 

Pourtant, tels des anges décroissants, certain·e·s continuent à réfléchir, innover, inventer pour imaginer des systèmes de vie viables, pléonasme pas très joyeux certes. C’est le cas de celles et ceux qui ont fait le choix de la low-tech. Low-tech, c’est un terme que l’on entend beaucoup depuis quelques années et que l’on peut traduire par « basse technologie », une démarche qui pose la question de la technologie utile au regard des exigences climatiques notamment et qui a aussi pour but de remettre l’humain au coeur des choses. 

Low-tech : les grands principes

On peut dire qu’il y a trois grands principes dans la low-tech.

1. Celui de l’utilité, c’est à dire mettre la technique au service d’une réponse à un besoin essentiel de l’homme (manger, se chauffer, se soigner…). Finalement, on revient à l’essentiel, et arrêtons de faire l’autruche sous notre tas de compost, on ne va pas pouvoir continuer longtemps à vivre comme nous le faisons.

 

Du coup, ben, peut-être qu’un jour pas si lointain, on va devoir consacrer vraiment du temps à des choses simplement utiles pour notre survie.

2. Second grand principe des low-tech, celui de l’accessibilité, car un système, un objet… low-tech doit être abordable par le plus grand nombre pour être nommé ainsi. On doit pouvoir créer cet objet localement, avec des matériaux à prix accessible, et on doit toutes et tous pouvoir le créer.

 

Donc ton ordinateur (le mien aussi hein !), créé à l’autre bout du monde, avec des composants rares, et que tu ne peux pas réparer, peut-être même que tu ne peux pas l’ouvrir, n’est pas low-tech.

3. Dernier principe enfin, celui de la durabilité, au sens où tous les impacts (humains, sociaux, sociétaux…) sont évalués et optimisés dans cette démarche. Cela veut dire qu’un objet qui peut sembler low-tech comme un vélo, « ben oui je pédale, je ne consomme pas d’énergie », n’est pas forcément low-tech, parce qu’il aura nécessité pas mal de technologies de pointe pour le concevoir. Et s’il est en carbone ou électrique, il n’est vraiment pas low-tech. Mais c’est pas grave hein, c’est bien déjà. Dans tous les cas, les contours précis de la low-tech sont forcément un peu flous… L’un des auteurs bien connu du monde de la low-tech, Philippe Bihouix, la décrit simplement comme une « alternative aux modes de consommation actuels » dans son livre L’Âge des low-tech**.

 

Ainsi partager une machine à laver dans un immeuble puisqu’a priori nous n’avons pas besoin réellement de la posséder pour s’en servir*** – et que l’on ne s’en sert pas en permanence – est déjà une démarche low-tech.

Des exemples, des exemples, des exemples !

Eh oui, vous brûlez d’impatience comme une marmite norvégienne d’en savoir plus. Une bonne entrée en matière dans le monde des low-tech est le livre « Low-tech, repenser nos technologies pour un monde durable » de Clément Chabot et Pierre-Alain Lévêque , tous deux membres du Low-tech Lab****, une association de Concarneau qui « s’est donné pour mission de dénicher, tester et partager ces solutions avec le plus grand nombre. » Les deux jeunes ingénieurs ont développé un projet d’habitat dans lequel ils ont passé une année, en vivant différemment, en vivant low-tech. Leur « boite de Pétri » (mais si rappelez-vous les Sciences Nat’ au collège) est une tiny-house autonome, et eux sont autant cobayes que laborantins  : ils conçoivent les expériences dont ils sont les sujets. Dans leur livre ils racontent ainsi toutes les démarches mises en place dans cet habitat. Toilettes sèches (on en parle de l’absurdité de faire caca dans de l’eau potable ?), récupération d’eau pluviale sont des exemples de ce qu’ils mettent en place. Plus facile à dire qu’à faire quand on habite en appartement par exemple. Certes. Par contre, ils donnent aussi plein d’autres idées pour la salle de bains. Mettre un récipient dans la douche pour récupérer l’eau froide avant qu’elle ne devienne chaude. Ca fera quelques belles chasses d’eau par exemple. 

 

Autre aberration de nos modes de consommation actuels, la taille de nos réfrigérateurs. Va voir toi ce qui est au fond du frigo sur la cinquième étagère de gauche en partant du bas… Voilà comment on oublie, derrière deux-trois Tupperware, un reste de bolognaise qui n’a pas d’autre espoir que de finir à la poubelle. Et on ne parle pas des congélateurs à la cave qui tournent à plein régime sans que l’on sache ce qu’ils contiennent.

 

Le gaspillage alimentaire représente en France 9 millions de tonnes par an. Ca ne vous parle pas ? 160 euros par personne et par an, de quoi acheter quelques légumes bio. Dans leur labo, les deux « bobos-écolos » – comme disent ceux qui ne voient pas le monde changer – ont expérimenté le meuble garde-manger, à l’ancienne. Et ainsi pour de nombreux autres petits exemples du quotidien. Ah oui j’allais oublier la marmite norvégienne, celle qui consiste à envelopper d’isolants une gamelle très très chaude pour que ça continue à cuire tout seul. Eteindre son four avant la fin de la cuisson, ça marche aussi.

 

Retour en arrière ? 

Bond en avant plutôt. Redécouvrir l’existant, s’inspirer des autres cultures, penser à des façons de faire durables, et participer à la préservation de ce qu’on peut encore préserver… Voici sûrement la meilleure des innovations. Heureusement qu’il y a la jeunesse pour penser le monde de demain en s’inspirant de la sagesse des anciens. 

 

Géraldine Berry. Avril 2022

IG @geraldineberry_lorient
Imparfaite, incomplète mais engagée, j’essaye de participer au jour le jour à une société plus verte, persuadée qu’une goutte d’eau dans la mer, c’est déjà ça.

low tech

* Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Tu n’as pas lu le rapport ? C’est là (âmes sensibles s’abstenir)

** Philippe Bihouix est venu à Lorient en 2019 à l’invitation de Biocoop Les 7 épis pour une conférence à l’UBS sur les solutions pour un avenir durable.

Son livre de référence sur les low-tech. 

*** Il y a quelques bonnes années déjà, j’ai passé six mois à apprendre la langue bretonne. Je me souviens particulièrement d’un cours sur le verbe « avoir ». Si mes souvenirs sont exacts, en breton, on ne dit pas « j’ai le marteau » mais « le marteau est avec moi ». Notre professeur nous avait expliqué que cela remontait à une époque où les biens étaient communs. Et j’avais trouvé cela assez fascinant.

**** Le Low-tech Lab. Leur site internet est basse consommation et c’est pourtant une mine d’or. On y trouve de nombreux tutos, du déodorant maison aux conserves lacto-fermentées (bon moyen de conserver longtemps des légumes) en passant par le filtre à eau en céramique ou le four solaire.

Le Low-tech Lab

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