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Photo Inès Léraud, pour un podcast de Radio-France à écouter ICI

Ces paysans bio qui cultivent le bonheur

Par Raphaël Baldos. 04/01/24

L’agriculture se meurt, le monde paysan s’éteint… Ces mots-là, on les entend dans les manifestations, lors des prises de préfecture ou des blocages de la RN165. Les médias et les hommes politiques reprennent à l’envi ces formules. Ça claque comme un coup de fusil dans la lande, à la fin du jour. C’est bon, ça coco. Ça fait frissonner, et ça fait vendre de l’audimat aussi.

 

Non, le triptyque investissements-subventions-suicide n’est pas le seul chemin de l’agriculture. Il y a de l’espoir aussi. Chaque jour, en France, des paysans sèment, élèvent, récoltent et vendent avec bonheur. Des bios, des pas-bios, mais tous ont en commun d’avoir fait un pas de côté. Pris des chemins de traverses à ceux qui leur étaient assignés par l’enseignement agricole, les coopératives ou la Politique agricole commune (PAC).

 

Depuis vingt ans que j’explore le monde agricole, je suis toujours frappé par la dichotomie entre ceux qui ont suivi le modèle dominant conventionnel, investi dans d’immenses bâtiments et de gros tracteurs, et ceux qui ont privilégié le minimalisme. Les premiers ont souvent de faibles revenus et un maximum d’emmerdements. Les seconds un vrai revenu, du temps, et beaucoup de plaisir.

 

Jean-Yves Ruelloux, éleveur de chèvres à Priziac, fait partie de ceux-là.

 

« Quand je me suis installé, en 1978, mon but c’était de vivre en autarcie. Je voulais rester en marge de la société de consommation et du business, raconte-t-il. J’ai fait le minimum de compromis. J’ai refusé toutes les subventions, la dotation jeune agriculteur (DJA), les aides de la PAC. C’est un piège énorme dans lequel tombent de nombreux agriculteurs : à partir du moment où tu acceptes les subventions, tu tombes sous la coupe du monde productiviste et tu es tenu de lui obéir. »

 

A 68 ans, Jean-Yves continue de guider ses chèvres sur les chemins forestiers qui mènent aux prairies, gagnées sur les ajoncs. « Tant que j’arrive à grimper aux arbres, je continue », plaisante-t-il. Pionnier du procédé de la lactation permanente, qui permet à ses biquettes d’avoir du lait toute l’année, il est régulièrement sollicité par des ingénieurs agronomes, des paysans qui s’installent, ou des journalistes, comme Inès Lérault. Il y a trois ans, il a même été longuement interviewé par une reporter du magazine américain Modern Farmer, sur sa méthode de production, qui lui assure une même quantité de lait sans avoir à renouveler son troupeau.

 

De nombreux jeunes paysans suivent son approche. Rosélène Pierrefixe, 36 ans, s’est installée sur une « micro-ferme » à Monterblanc, au nord de Vannes. Depuis 2013, elle cultive avec son mari Nicolas un demi-hectare de légumes et quelques fruits, en s’aidant d’un cheval pour travailler le sol.

 

« On ne se retrouvait pas dans un modèle mécanisé, observe-t-elle. La micro-ferme telle qu’on l’exploite nous rend heureux, mais il ne faut pas occulter la pénibilité et la charge mentale que cela représente. Il y a quand même des passages difficiles à certains moments de l’année».

 

Les épisodes de sécheresse et les tempêtes, liés au changement climatique en font partie. « C’est fragile, mais j’ai envie de continuer », ajoute-t-elle. Le couple vend sa production sur les marchés de Saint-Avé et Plescop, à un restaurateur et à un distributeur bio. A leur installation, il y a dix ans, la notion de « micro-ferme » faisait dresser les sourcils des élus des chambres d’agriculture. Rosélène et Nicolas ont su inventer leur modèle. Mais aujourd’hui, ils ne sont plus seuls. Il font partie d’un groupe d’une dizaine de micro-fermes, épaulé par animé par le GAB 56, le Groupement des agriculteurs biologiques du Morbihan.

 

Allez, en cette période de fêtes, je vais vous livrer un cadeau sous le sapin : je connais même des agriculteurs bios, heureux, et qui partent chaque hiver à la neige ! L’un d’eux est un éleveur de porcs sur paille du centre Bretagne. Il vit en autarcie, vend ses caissettes de porc dans sa ferme et dans certaines Biocoop. Son nom ? L’homme cultive aussi la discrétion, et laboure ses terres grâce à la traction animale. Avec bonheur.

RAPHAËL BALDOS

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Raphaël Baldos. Janvier 2024

La rubrique « En transition » est entre les mains de  Raphaël Baldos, journaliste membre de l’ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne splann!

Un choix fait conjointement avec la Biocoop Les 7 épis, qui parraine la rubrique, dans l’intention d’aller voir un peu plus loin.

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