ESSAI bandeau mag 2023

N° 375 - 19 octobre 2023

JeanneBalibar

Jeanne Balibar

Actrice de cinĂ©ma et de thĂ©Ăątre mais aussi chanteuse, Jeanne Balibar c'est une pop rĂ©aliste, tendre et dĂ©vergondĂ©e. AprĂšs avoir collaborĂ© avec Rodolphe Burger, Dominique A ou Poni Hoax, Jeanne Balibar propose un projet Ă  mi-chemin entre concert et performance. Les chansons de son nouvel album, « D’ici lĂ  tout l’étĂ© », pour la premiĂšre fois toutes Ă©crites de sa plume, rĂ©vĂšlent un sens du tragique doublĂ© d’une fantaisie espiĂšgle. Pour guider Jeanne Balibar sur le fil de son imagination, il fallait une complice experte en lĂ©gĂšretĂ© profonde : ClĂ©a Vincent. L’idĂ©e de rĂ©unir ces deux artistes Ă  premiĂšre vue aussi dissemblables que possible s’est avĂ©rĂ©e fructueuse. AuprĂšs d'elle, le gĂ©ant Arnaud Rebotini pour d’ébouriffantes suites d’arpĂšges Ă©lectroniques, nous fait naviguer sur une valse synthĂ©tique au tempo jazzy. Ecouter « Encore, encore » ICI.
> Mer 25 oct, 20h30, Centre culturel Athena, Auray
le lieu

Les Apartés

Outre les expositions dont nous vous avons parlé la semaine derniÚre (Le programme ici), Les Rencontres photographiques, ce sont des Apartés, rendez-vous autour des artistes invités.

‱ Le Lieu-dit. CafĂ© philo. En compagnie d'Eric Courtet et LĂ©onie Pondevie autour du rĂ©cit photographique : comment faire rĂ©cit par l'image ?
> Sam 21 octobre, 16h. Le Lieu de la Photographie, HĂŽtel Gabriel, Lorient

‱ Atelier. Le rĂ©cit photographique. À l’occasion de son exposition "Ă -cĂŽtĂ©s", Eric Courtet est l’invitĂ© du Lieu pour un atelier : Qu’est-ce qu’un rĂ©cit photographique ? Comment composer, Ă  partir d’une sĂ©rie d’images, une suite narrative ?
> Sam 28 et dim 29 octobre, de 10h Ă  18h. Le Lieu de la Photographie, HĂŽtel Gabriel, Lorient
coups coeur semaine
leonie pondevie

Les rencontres photographiques

On n'a pas encore tout fait, mais on vous parle des trois premiĂšres expos vues ce week-end.

> A la Galerie Le Lieu, Lorient > Du mar au ven 14h-18h / Sam et dim 15h-18h

‱ Damien Rouxel, Qu’est-ce qu’on va dire de nous ?
On l'aime beaucoup, peut-ĂȘtre surtout pour sa pratique du mouvement dansĂ©, mais aussi pour avoir choisi un chemin singulier, celui des origines et de l'identitĂ©, Ă  travers une sĂ©rie d'images le mettant en scĂšne, faisant poser ses parents et sa soeur en combis de travail, la fourche Ă  la main, tandis que lui-mĂȘme s'affiche en icĂŽne queer Ă  la ferme. L'exposition est dense, trĂšs dense, reprenant et exploitant le thĂšme, Ă  travers des installations, des objets dĂ©tournĂ©s et des photographies.
Pour mon cavalier du soir, trop de tout, une sensation de matraquage du message, et un questionnement sur la pertinence du grand format pour des photos dont l'intĂ©rĂȘt plastique reste limitĂ©. Pour moi, le plaisir de retrouver l'univers de Damien, et l'Ă©motion de lire son texte de cinq ou six pages, Ă©crit Ă  la main d'une Ă©criture rondouillarde d'ado, extrĂȘmement touchant, sur son parcours identitaire en tant qu'homosexuel et artiste dans un milieu rural oĂč "ça ne se fait pas"....

‱ LĂ©onie Pondevie, Un point bleu pĂąle (photo)
Je me souviens l'avoir dĂ©couverte il y a trĂšs longtemps, lors de portes ouvertes d'ateliers, cette ancienne des Beaux arts de Lorient. Un joli chemin est parcouru depuis, et le plaisir de ne pas m'ĂȘtre trompĂ©e sur son avenir, que je voyais sensible et d'une esthĂ©tique singuliĂšre. L'exposition mixe photos, documents, installations, et plonge dans une brume pĂąle de gris et de bleus, faisant rĂ©sonner l'histoire familiale de la jeune femme avec ses prĂ©occupations environnementales. Un trĂšs beau rĂ©cit, trĂšs simple, raconte comment les prĂ©visions et les observations mĂ©tĂ©orologiques tenaient une place fondamentale dans la famille de LĂ©onie, oĂč on sent beaucoup de tendresse. Une rĂ©sonance particuliĂšrement intĂ©ressante se fait donc entre les deux expositions, aux angles diamĂ©tralement opposĂ©s...

> Chez Baam, 26 Rue Général Dubail, Lorient > 14 oct - 10 déc, du mer au sam, 11h-19h


‱ Joanna Ballouard / MikhaĂ«l Brun / ClĂ©ho / Les Cas BrassĂ©s / Vincent de Chavanes / Étienne Godier / Julien Leuliet / Mastabilo / Marie Soriano Mso / Vasil Tasevski / Alexandra Le Dily.
De l’image latente Ă  l’histoire rĂ©vĂ©lĂ©e, exposition collective au stĂ©nopĂ©
L'émouvante histoire de Teffaha, racontée par autant de photos que d'artistes, via des sténopés auxquels sont associés des podcasts avec la voix de cette femme au destin particulier. Chaque image, reliée aux autres par un fil rouge, embarque dans le récit.
blaine
Blaine L.Reininger / Tuxedo Moon
Groupe culte des années 80, entre punk et psyché, Tuxedo Moon [Un de mes morceaux favoris, In a manner of speaking : si si si, rappelez-vous : 1985, mais aussi en 2000, la version bossa de Camille avec Nouvelle vague ] n'existe plus mais demeure l'un de ses fondateurs, Blaine L. Reininger. Invité par une poignée de fondus de musique lorientais, il sera - mais oui, c'est dingue - à Lorient ce vendredi, en compagnie du guitariste Giorgio Valentino, membre d'un autre groupe culte, Crime and The City Solution, connu pour la musique des Ailes du désir, le film de Wim Wenders, Palme d'or 1987.
> Ven 20 octobre, 21h, Le Sale histoire, rue Jules Le Grand, Lorient. Tarif 14 €.
zephyr
ZĂ©phyr, Mourad Merzouki (Photo)
Un spectacle de danse super waouh, avec des ventilateurs géants sur scÚne, qui tourbillonnent et soufflent, avec des danseurs qui vont avec et contre le vent. S'il reste des places - et le site n'annonce pas complet pour l'instant. Un extrait à regarder ici
> Ce soir jeudi 19 oct, 20h, Quai 9, Lanester
C'est quoi le groove ?
Un apéro musical pour ceux dont le corps n'a toujours pas compris ce qui faisait danser. Marrant.
> Vendredi 20 oct à 18h30, MédiathÚque de Quéven (Gratuit)
Big Joannie
Pas beaucoup de concerts chez Hydrophone, cette saison - le temps de leur laisser se refaire une santĂ© - donc on profite de ce trio punk londonien nourri au mouvement Riot Grrrl et Ă  l’activisme politique, fĂ©ministe, antiraciste et LGBT, Big Joannie, qui dĂ©pote carrĂ©ment. A Ă©couter ICI.
> Vendredi 20 oct Ă  20h30, Hydrophone, Lorient
Il était une fois ou comment un coach de vie a surgi de mon thermos à café
Un conteur, Achille Grimaud et un musicien, CĂ©dric Guyomard, et dĂ©jĂ  20 annĂ©es depuis l’aventure Bloc OpĂ©ratoire 42. Pour ce nouveau spectacle, l’histoire d’un homme qui veut faire rire Ă  tout prix, blagueur un peu perdu, et de sa rencontre inopinĂ©e avec un coach baratineur exaspĂ©rant.
> Vendredi 20 oct Ă  20h30, Le Strapontin, Pont-Scorff
nicolazic
On vous avait parlé cet été, de cette exposition sensible et discrÚte, l'atelier était resté ouvert trois jours, il ne le sera pas plus cet automne, un week-end pour se rattraper, c'est trÚs beau. En prime, Solenn propose une performance arts visuels/musique avec Swaz Beija, autour des fleurs de pissenlit. On a envie de voir ça !
> Atelier ouvert sam 21 et dim 22 oct de 10h à 18h, 13 place du marché, Inzinzac-Lochrist
> Performance sam 21 oct Ă  11h et 12h, dim 22 oct 16h et 17h. RĂ©sa 06 60 09 97 88
agenda
article isa
carole texier

Extrait de "Foule cercle", linogravure, 50 × 50 cm, 2022

Morsure

Une exposition conçue par Sabine Delahaut, autour de la gravure contemporaine. Douze artistes aux univers différents, pour des images engagées. L'Archipel m'a confié la tùche d'écrire les douze textes du catalogue, et avec leur accord, j'ai décidé d'en publier un extrait chaque semaine jusqu'au 25 novembre, date de la fin de l'exposition.

Cette semaine, le texte intégral sur Carole Texier, que j'ai titré "L'aile du désir"

En anglais, on dĂ©signe par le mot « murmuration » ces immenses rassemblements d’oiseaux dans le ciel, qui forment des nuages mouvants, dont le dessin varie au grĂ© des changements d’orientation du groupe. Le français, lui, utilise le terme « agrĂ©gation », qui, vous en conviendrez, manque un peu de poĂ©sie. Car quoi de plus joli que d’imaginer des milliers d’étourneaux murmurant entre eux, babillant de concert ? Et quoi de plus consolant que ce systĂšme, sans hiĂ©rarchie ni domination... Des entitĂ©s sans leader, sensibles aux infimes mouvements, chaque oiseau se synchronisant avec ses voisins les plus proches. Murmuration pourrait dĂ©signer les foules de Carole Texier, qui compose des nuages humains formant des ellipses, des traĂźnĂ©es, des calligraphies chinoises sur le blanc gĂ©nĂ©reux de ses pages. Un blanc qui donne le contrepoint du noir, comme le silence fait exister la musique ou l’immobilitĂ©, le mouvement...

Rapprochons-nous un peu, voulez-vous ? Oh, mais voilĂ  que la nature des silhouettes serrĂ©es les unes contre les autres, qu’on a identifiĂ©es comme humaines, n’est pas si Ă©vidente... Ces tombĂ©es d’encre noire dessinent sans doute jambes, pieds et bras. Ces formes rondes font probablement tĂȘtes. Mais sommes-nous bien certains que ce ne sont pas des motifs graphiques ? Des symboles ? Des lettres ? Le trouble se prolonge dĂšs lors que l’on tente de zoomer sur la foule. L’interprĂ©tation anthropomorphe me jouerait-elle des tours ? Si ce que je voyais Ă©tait grain du bois, cailloux et graviers, champ retournĂ©, insectes agglutinĂ©s, traces dans le sable, restes de Land art ?

Nous nous sentons si uniques, quand notre pensĂ©e tourne Ă  l’intĂ©rieur de nos petits crĂąnes bien ronds. Chacun voit le monde Ă  travers sa minuscule existence, sa minuscule expĂ©rience. Alors, nous voir en masses faire partie d’un grand tout, nous la fait tourner, notre minuscule tĂȘte. Un lĂ©ger vertige, comme dans les installations de Spencer Tunick photographiant des centaines de corps nus alignĂ©s dans la nature. Le renvoi Ă  l’état animal, Ă  l’espĂšce. Une accumulation qui raconte notre fragilitĂ©, notre insignifiance, mais aussi notre force de l’ĂȘtre ensemble, du faire masse. Qui dit notre pouvoir, notre capacitĂ© d’agir non pas contre, mais pour. Je te ressemble, tu me ressembles, on se rassemble, et ensemble, nous formons cette foule puissante et unie qui murmure et s’envole dans la mĂȘme direction, aile contre aile...

WEEK-END AVEC SABINE DELAHAUT

Autour de l'exposition MORSURE, Sabine Delahaut, commissaire d'exposition, propose trois rendez-vous :

- une visite guidée de l'exposition. En savoir + ICI

- une démonstration de gravure au burin. En savoir + ICI

- un stage de perfectionnement de gravure au burin. En savoir + ICI

tnb
Comme chaque année, on vous donne nos coups de coeur du Festival TNB, à Rennes. C'est du 15 au 25 novembre, on s'y prend à l'avance pour que vous ayez le temps de réserver vos places...

‱ Tout l'univers, un spectacle-installation du plasticien Xavier Veilhan (14/11).
‱ Extra Life, de la chorĂ©graphe GisĂšle Vienne, avec AdĂšle Haenel (15 au 18/11).
‱ Cavaliers impurs, une performance de la trĂšs dĂ©jantĂ©e danseuse Latifa LaĂąbissi (15 au 18/11).
‱ Discussions avec Delphine Seyrig, collage d'archives de RaphaĂ«lle Rousseau (15 au 18/11).
‱ Grand Palais, un spectacle sur Francis Bacon, de Julien Gaillard, FrĂ©dĂ©ric Voissier et Pascal Kirsch, avec Arthur Nauzyciel dans le rĂŽle de Bacon (15 au 18/11).
‱ Avant la terreur (Richard III), le retour de Vincent Macaigne en tant que metteur en scùne, ça ne se loupe pas (22 au 25/11)
Tout le programme ICI
glanage

Vous avez déjà glané ?

Votre loyer flambe, l’Ukraine aussi et le prix du sans plomb 98 atteint des niveaux atmosphĂ©riques ? Allez glaner ! Quoi, vous ne connaissez pas ? Figurez-vous que depuis trĂšs longtemps, vous pouvez rĂ©cupĂ©rer dans les champs les lĂ©gumes et les fruits aprĂšs rĂ©colte. Sans mĂȘme demander au proprio ! Pour certains, le glanage est devenu une Ă©thique, voire mĂȘme un principe de vie. Je vous explique.

Vous aimez glander ? Moi aussi ! Mais connaissez-vous le glanage ? Cette pratique moyenĂągeuse permet de lutter contre le gaspillage alimentaire, prioritĂ© numĂ©ro un de la loi du 11 fĂ©vrier 2016, qui implique « de responsabiliser et de mobiliser les producteurs, les transformateurs et les distributeurs de denrĂ©es alimentaires, les consommateurs et les associations ». Le glanage est un droit d’usage sur la production agricole, qui autorise, aprĂšs la moisson, le ramassage de la paille et des grains tombĂ©s au sol. Il a mĂȘme fait l’objet d’un Ă©dit royal du 2 novembre 1554. On ne peut pas glaner n’importe comment : sauf Ă©dit royal ou arrĂȘtĂ© municipal contraire, il faut le faire au grand jour, sans outil, sur un terrain non clĂŽturĂ©. Attention, si vous cueillez des fruits sur des arbres aprĂšs la rĂ©colte, vous ne glanez plus : vous grappillez. C’est mal. Et puni d’une contravention dans le code pĂ©nal. MĂȘme si vous pouvez entrer lĂ©galement dans un champ rĂ©cupĂ©rer les melons laissĂ©s sur le sol aprĂšs la rĂ©colte, le ministre de l’Agriculture, rĂ©pondant Ă  une question d’un dĂ©putĂ© en 2017, conseillait, « afin d’éviter la naissance de conflit, de se rapprocher au prĂ©alable du propriĂ©taire du terrain, notamment pour vĂ©rifier que la rĂ©colte est bien achevĂ©e ».

Par extension, le glanage consiste aussi, aujourd’hui, Ă  ramasser des invendus sur un marchĂ©, ou Ă  rĂ©cupĂ©rer des denrĂ©es dans des poubelles dĂ©posĂ©es sur la voie publique. Plusieurs associations revendiquent le glanage dans leurs actions.

glaneuses
Les glaneuses. Jean-François Millet. 1857 ©Musée d'Orsay

‱ A NANTES, Flavie Duprey et Anouk Chabert ont crĂ©Ă© l’association Re-bon en s’inspirant du concept de Gleaning network, dĂ©veloppĂ© par Feedback, une ONG britannique. Avec des bĂ©nĂ©voles, elles organisent des campagnes de glanage auprĂšs de producteurs locaux, et dĂ©ploient un rĂ©seau de distribution des matiĂšres recueillies au profit d’organisations caritatives ou d’évĂ©nements, comme les Disco Soupes ou les banquets citoyens.

‱ A RENNES, Les Glaneurs rennais (300 followers depuis cette semaine !), nĂ©s en 2017, organisent des sessions de disco glanage auprĂšs des commerçants du marchĂ© des Lices, tous les samedis, de 12h30 Ă  15h. « On se donne rendez-vous dans le bas de la place, oĂč l’on bĂ©nĂ©ficie d’un local de stockage prĂȘtĂ© par la mairie, me dĂ©crit Charlotte Boquet, co-prĂ©sidente. On est entre 5 et 10 bĂ©nĂ©voles, Ă©quipĂ©s d’un badge et de gants. Il y a souvent plus de quantitĂ©s auprĂšs des primeurs, mais de moindre qualitĂ© que chez les maraĂźchers. Puis Ă  14h dĂ©bute la distribution, avec de la musique disco. C’est festif ! On a de plus en plus de monde, entre 80 et 100 personnes, principalement des jeunes. On donne sans conditions de ressources. On fait en sorte que chacun ait la mĂȘme quantitĂ©. Et il y a une boĂźte Ă  dons, pour ceux qui veulent nous soutenir. »
‱ A PAIMPOL, l’association Osez le ZĂ©ro DĂ©chet, crĂ©Ă©e en 2021, propose rĂ©guliĂšrement aux habitants de ramasser des fruits et des lĂ©gumes non rĂ©coltĂ©s. Que ce soit auprĂšs de particuliers, dans leur jardin, ou dans les champs des cultivateurs. Une cinquantaine de foyers sont inscrits pour participer Ă  ces actions. Pas besoin d’adhĂ©rer, il suffit de rĂ©pondre aux appels Ă  glanage !

‱ A SAINT-MALO, Les Marteaux du jardin font Ă  peu prĂšs la mĂȘme chose mais proposent aux particuliers propriĂ©taires de jardins dĂ©laissĂ©s un vĂ©ritable contrat de rĂ©partition de la collecte. GĂ©nĂ©ralement 20 % pour eux et 80 % pour l’association. Puis ils organisent des ateliers de cuisine dans leur local : gĂąteaux, compotes, confitures et jus permettent de valoriser les fruits glanĂ©s.
‱ Plus prĂšs de chez nous, Ă  BELLE-ÎLE-EN-MER, le glanage prend une dimension plus Ă©conomique tout en restant profondĂ©ment Ă©thique. Jim et Jeff, passionnĂ©s de gnĂŽle, ont lancĂ© en 2021 La distillerie du Ponant, Ă  Sauzon. Signataires du manifeste pour la gnĂŽle naturelle, ils glanent ou rĂ©cupĂšrent leurs matiĂšres premiĂšres, et refusent d’acheter de l’alcool d’origine industrielle. « Nous rĂ©cupĂ©rons les vins, marcs et biĂšres distillĂ©s qui servent de base Ă  nos eaux de vie chez des producteurs complices qui travaillent avec passion dans le respect de l’environnement », m’ont-ils expliquĂ©, lors du dernier Salon du vin, Ă  Port-Louis, en mai (et oui, je picole aussi). Les plantes utilisĂ©es pour Ă©laborer les nombreux breuvages (ça va du gin au Dolce vita, Ă  base de citron et de roquette sauvage, en passant par Le Jaune, leur interprĂ©tation du pastis et de l’absinthe) sont issues de l’agriculture biologique, ou glanĂ©es par les deux compĂšres, « avec tout l’amour qu’on a trouvĂ© sur place », insistent-ils.

Bon c’est pas tout ça, maintenant que vous avez glandĂ© en lisant cette chronique, allez glaner prĂšs de chez vous. C’est la saison des pommes, des poires, et des courges !

Parce que la coopĂ©rative Biocoop Les 7 Ă©pis est une entreprise engagĂ©e et militante, elle finance cette chronique, et nous permet de rĂ©munĂ©rer un journaliste professionnel pour vous offrir une rubrique orientĂ©e solutions, dans l’objectif de vous donner des clefs pour agir


biocoop 7 Ă©pis
gaele flao new

MOLE SKIN

La recherche dans la crĂ©ation, ça ressemble un peu, chez moi, Ă  un gros rocher aux allures de termitiĂšre, oĂč plus je creuse et gratte, plus la montagne est haute, un peu comme la pile de carnets de recherches qui renferment chacun tant de rĂȘves Ă©crits au rĂ©veil, plans, listes de courses, numĂ©ros de tĂ©lĂ©phones, listes de dĂ©charges mentales, fiches techniques pour tel ou tel Ă©vĂ©nement artistique ou fĂȘte improvisĂ©e, listes de projets avec lesquels je gagnerais mieux ma vie, citations littĂ©raires qui font mouche, croquis intimes pour faire semblant de travailler tout en fantasmant sur mon prince charmant, une organisation d’idĂ©es oĂč tout est recommencement perpĂ©tuel. Quand je constate que sur ma table de travail, il y a cinq carnets en cours, entamĂ©s jusqu’à la trentiĂšme page, certains retournĂ©s et grattĂ©s jusqu’à la vingtiĂšme, l’idĂ©e me vient parfois de commencer par le milieu. C’est qu’il est surtout, surtout temps de passer Ă  la pratique ! En quoi consiste ce besoin de voir se dessiner des pensĂ©es qui galopent sous forme de mots soulignĂ©s, entourĂ©s, raturĂ©s, dĂ©tournĂ©s, si c’est juste pour construire une montagne, et un stock de carnets intransportable, qui pose la question existentielle duquel choisir quand je pars en vadrouille. Enfermer des idĂ©es dans des carnets, c’est se dĂ©sencombrer le cerveau pour garder de la lĂ©gĂšretĂ© et laisser la place aux nouvelles, toujours.

carnet flao

J’aime bien le Moleskine, mais pas que, j’aime bien utiliser aussi les carnets que m’offrent mes ami·es, c’est une forme de confidence subjective. L’expĂ©rience la plus excitante fut de commencer une correspondance Ă©rotique dans le carnet que mon amant oublia chez moi un jour, il circule encore entre nos mains et rĂ©vĂšle des secrets que l’on peut relire les soirs de mĂ©lancolie passagĂšre. Mais quand mĂȘme, depuis que j’ai rĂ©alisĂ© que cette appellation fut formulĂ©e par Bruce Chatwin* dans "Le chant des pistes", qui littĂ©ralement vient de mole skin que l’on pourrait traduire par peau de taupe, le sens du tunnel et de la termitiĂšre de mots est moins allĂ©gorique et me place dans une posture d’exploratrice quand je m’empare de ces petits carnets tout doux.


Dans mon carnet de cabanes aujourd’hui, je cherche les matiĂšres les plus douces pour assembler un nouveau refuge dans mon inventaire hĂ©tĂ©rotopique, comment trouver le moyen, en dessin, de faire sentir cette douceur suprĂȘme, frisson tiĂšde, berceuse pour la peau, les mĂ©taphores sont trĂšs personnelles. Tissus de soie, fourrure de bĂ©bĂ© lapin ou duvet de plumes de mĂ©sange, je rĂ©alise que j’ai toujours besoin des animaux et de leur formidable propension Ă  se couvrir de douceur
 (s’en rendent-ils seulement compte ?) Alors je cherche et je gratte pour trouver cette sensation, j’espĂšre y arriver. Parfois les recherches se soldent par des Ă©checs, mais on est jamais Ă  l’abri d’y parvenir, c’est bien pour cela que je continuerai Ă  remplir des pages blanches, inlassablement


CĂŽtĂ© actualitĂ©, j’ouvre mon atelier comme un carnet de recherches du 16 au 19 novembre, de 16h Ă  22h, j’y installe un petit bar Ă  vin, un moment d’échange, comme une "escale" sur un parcours, le vĂŽtre ou le mien, on trouvera bien ! Ces escales seront ensuite proposĂ©es une fois par mois Ă  partir de fĂ©vrier, je vous en dirais un peu plus le moment venu, mais il est toujours temps de prendre le temps pour se retrouver au cƓur de l’hiver.

GAELE FLAO

« Je sortis de mes bagages quelques blocs de papier et, avec cette méticulosité obsessionnelle qui accompagne tout début de projet, je répartis mes carnets "parisiens" en trois tas bien nets. Il s'agit de carnets connus en France sous le nom de carnets Moleskine, car ils sont recouverts de cette toile de coton noire enduite imitant le cuir. A chacun de mes passages à Paris, j'en achetais une nouvelle provision dans une papeterie de la rue de l'Ancienne-Comédie. Les pages étaient quadrillées et maintenues en place à leur extrémité par un ruban élastique. Je les avais tous numérotés. J'écrivais mes nom et adresse sur la premiÚre page et offrais une récompense en cas de perte à qui me le renverrait. Perdre un passeport n'était qu'un ennui mineur ; perdre un carnet était une catastrophe. Au cours d'une vingtaine d'années de voyage, je n'en ai perdu que deux. L'un a disparu dans un car afghan. L'autre me fut subtilisé par la police secrÚte brésilienne qui, non sans un certain don de seconde vue, s'était imaginé que les quelques lignes que j'avais écrites - sur les blessures d'un Christ baroque - étaient une description, en code, de leur propre travail sur les prisonniers politiques. »

* Bruce Chatwin · Le chant des pistes (écouter ici un podcast sur France culture)

titre emballe CONCOURS
adé
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Mais si vous la connaissez ! D'abord, Ă©coutez CECI, (et regardez, parce que le clip est vraiment chouette) vous l'avez entendu. Et si vous ne l'avez pas entendu, vous connaissez ThĂ©rapie Taxi, dont elle Ă©tait la voix (rappelez-vous CECI). L’aventure terminĂ©e, AdĂ© s’est envolĂ©e Ă  cheval entre pop luxuriante et country futuriste, c'est acidulĂ© comme il faut, avec des mĂ©lodies qui restent en tĂȘte...
> Jeudi 2 nov, 20h30, Les Arcs, Quéven