ESSAI bandeau mag 2023

N° 382 - 7 décembre 2023

Ce que je veux dire
Comment dire le monde quand les mots me manquent ? Comment dire ce que je suis si je n’ai pas la parole ? Trois jeunes adultes empreints encore de l’adolescence cherchent et tentent de dĂ©passer la difficultĂ© de nommer, de verbaliser. Une crĂ©ation de la cie AK EntrepĂŽt, entre thĂ©Ăątre et danse, oĂč la scĂšne se transforme en ring et devient un espace libĂ©rateur du mal ĂȘtre adolescent (Le teaser ICI)
[La compagnie AK EntrepĂŽt a Ă©tĂ© associĂ©e au CDDB lors du mandat d'Eric Vigner, oĂč de nombreux spectacles jeune public, d'une grande poĂ©sie, ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s].
> Jeudi 7 décembre à 20h, Auditorium du Lycée V. Hugo, Hennebont (Orga TRIO...S)
ARCHIPEL-bRuissonnant
Deux jours pour les oreilles aventureuses ! l’Archipel et l’artiste sonore Eric Thomas s’associent et organisent un festival dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation sonore. Deux jours durant, les samedi 3 et dimanche 4 fĂ©vrier, des passionné·e·s du son (artistes sonores, musicien·ne·s et chanteur·euse·s, audio-naturalistes
) occuperont tous les recoins de l’Archipel. Ils et elles invitent chacun·e d’entre-nous Ă  prĂȘter l’oreille aux sons qui nous entourent. Les propositions et rendez-vous (performances, concerts, installations et causeries ; musique acoustique ou Ă©lectronique, musiques composĂ©es ou musiques improvisĂ©es) seront variĂ©s et toujours surprenantes.
> Il est prudent de rĂ©server rapidement. Achats de pass et inscriptions aux rendez-vous auprĂšs de l’accueil-billetterie de l’Archipel ou en ligne Ă  partir du mardi 28 novembre. (02.98.51.20.24 et contact.archipel@ville-fouesnant.fr.)
conservatoire
Un spectacle de la saison culturelle des Ă©lĂšves du Conservatoire Ă  l’occasion du 80e anniversaire des bombardements de Lorient. Conçu Ă  partir de tĂ©moignages fournis par le service des Archives de Lorient (et un tĂ©moignage personnel de monsieur Pipet) et d’archives visuelles (grĂące Ă  l’aide de Christophe Hoyet, vidĂ©aste), ce spectacle a Ă©tĂ© adaptĂ© et mis en scĂšne par Sophie d’Orgeval, qui a mis en espace diffĂ©rents supports : lectures, chants, morceaux jouĂ©s et extraits vidĂ©os alternent au cours du spectacle.
Avec les Ă©lĂšves des classes d’Emmanuelle Lamarre (violoncelle), d’Estelle Hiron (violon), de FĂ©lix Dalban-Moreynas et Jean-François Nestour (piano), de Fabienne Taillandier (clarinette) et de VĂ©ronique Bourjot (chant traditionnel)
> Mardi 12 décembre à 19h30, auditorium du conservatoire, Lorient.
Noel_lorient
NoĂ«l s’apprĂȘte Ă  enchanter les rues de Lorient en centre-ville et dans les quartiers. Illuminations, projections, spectacles sur les places, marchĂ© de NoĂ«l des associations de commerçants : les occasions de participer aux fĂ©Ă©ries dans la ville seront nombreuses et variĂ©es. Pour tous, des ateliers crĂ©atifs dans les Ă©tablissements culturels, et, nouveautĂ© cette annĂ©e, NoĂ«l gagne Keroman avec cinq jours d’animations autour de la course nautique Retour Ă  la Base, Ă  quai et dans le bĂątiment du K2.
Toujours dans un esprit festif et convivial, la fĂȘte foraine d’hiver restera jusqu’à la mi-janvier, alors que les centres sociaux et commerces se pareront eux aussi des couleurs de NoĂ«l pour animer la ville de manifestations artistiques et d’espaces ludiques. Les lorientais pourront profiter de nouveaux espaces piĂ©tons, pour dĂ©ambuler en centre ville Ă  pied, Ă  vĂ©lo ou en calĂšche !
> Du 9 au 31 décembre, Lorient centre et quartiers. Gratuit. [ Tout le programme ICI ]
GABOR
Il Ă©tait une fois, OrĂ©mus, un bricoleur farfelu et loufoque, entre savant fou et gĂ©nial inventeur. Il se rĂ©veille un jour en ayant perdu toute notion du temps, dans un monde de ruines et de dĂ©solation duquel toute forme de vie semble avoir disparu. Il se lance alors dans la fabrication de ce qui allait ĂȘtre plus qu’un automate : un compagnon de vie Ă  forme humaine, Gabor. Il rĂ©alise les plans d’une machine, mais meurt avant d’ĂȘtre arrivĂ© Ă  ses fins, mais en confiant Ă  Gabor la mission d’en terminer la construction. Cette machine qui doit permettre Ă  Gabor de dĂ©couvrir l’humanitĂ© s’appelle Harmonie. Un spectacle de chansons et de musique tous publics. (Le teaser ICI)
> Vendredi 15 décembre à 20h, Océanis, Ploemeur. A partir de 8 ans
coups coeur semaine
lazzi

Lazzi

L’excellent Fabrice Melquiot a écrit un récit spécialement pensé pour Philippe Torreton et Vincent Garanger. L'idĂ©e, parler de deux sexagĂ©naires qui se sentent soudain has been. Les deux hommes se retrouvent à devoir fermer le dernier vidéoclub de la planète. Ils ont passé des années à discuter des films vus ensemble et cette fermeture pose la question du devenir du cinéma, mais plus largement celle des changements à venir de la société. Tragi-comique et monstres de thĂ©Ăątre. (Regarder un extrait ICI)
> Jeu 7 et ven 8 déc, 20h, Théùtre de Lorient
vera

Ne m'attends pas

Le nouveau spectacle de Véra Rozanova, dont nous avions tant aimé la version marionnettique de "La Cerisaie", cette fois davantage jeune public, avec des marionnettes à gaine. (Le teaser ICI)
> Mer 13 déc, 10h et 15h, Théùtre à la coque, Hennebont
vie d'acteur

Une vie d'acteur

Le portrait d’un homme, devenu aujourd’hui acteur, vu par le prisme des films de sa vie. Il a grandi dans un village et c’est en découvrant, à l’âge de douze ans, le film Tootsie et Dustin Hoffman qu’il va comprendre que ce film est révélateur pour lui. À travers ce récit, le comédien Pierre Maillet entraîne avec complicité et malice dans un monologue où est l'improvisation, les scènes de cinéma mythiques croisant les récits intimes du comédien. D'aprĂšs le roman de Tanguy Viel. [Extrait ICI]
> Du mer 13 au jeu 14 déc, 20h, Théùtre de Lorient
agenda
article isa
mundi lumini

Mundi Lumini

Alors voilĂ  quelque chose qu’on n’avait pas trop vu encore dans le paysage du design. SĂ©bastien Muzet vient de crĂ©er une marque, Mundi Lumini, et produit artisanalement des luminaires originaux, plutĂŽt chouettes. Je suis allĂ©e lui rendre visite dans son atelier de Ploemeur.
PassionnĂ© par l’architecture, Muzet crĂ©e des citĂ©s de carton, ou des empilements de constructions, comme on voudra, dans lesquelles il insĂšre de la lumiĂšre, et ça donne des rendus trĂšs diffĂ©rents selon l’univers qu’il explore et la finition qu’il applique. Moi, j’ai aimĂ© la version Ă©purĂ©e, toute blanche, d’une citĂ© mĂ©diĂ©vale, et surtout sur l’esprit design d’une maison contemporaine dans le style de Frank Gehry, avec des fenĂȘtres comme des meurtriĂšres et des escaliers impossibles Ă  la Escher.
D’autres prĂ©fĂšreront peut-ĂȘtre la finition « brĂ»lĂ©e » et l’ajout de dĂ©tails, tuiles ou parements, colombages ou volets. Une finition qui vient directement de la mĂ©thode de dĂ©coupe, puisque, aprĂšs avoir crĂ©Ă© ses premiers prototypes au cutter, Muzet les dĂ©coupe aujourd’hui au laser, avec une machine qui embosse et grave, retirant le surplus de matiĂšre Ă  la perfection, crĂ©ant des fenĂȘtres et des ouvertures d’une finesse impressionnante. A la fin de notre conversation, lorsqu’il ouvre le couvercle de la machine, les minuscules morceaux de carton tombent, et la maison apparait Ă  plat, il n’a plus qu’à la plier et Ă  la coller.
mundi lumini
« J’ai commencĂ© Ă  travailler le concept il y a un an, et j’ai crĂ©Ă© l’entreprise il a huit mois. J’ai le goĂ»t de l’architecture, j’aime bien l’idĂ©e de donner vie Ă  des sculptures et de raconter des histoires. J’ai dĂ©coupĂ© les premiers modĂšles au cutter, puis je suis passĂ© trĂšs vite au laser, que j’utilise comme une machine Ă  coudre : juste un outil qui me permet de gagner en temps de production, avec une finesse impossible Ă  obtenir au cutter. De plus la brĂ»lure rigidifie le carton. Je fais des lampions, dans lesquels je glisse des leds, et des lampes Ă  poser ou des suspensions Ă  brancher sur secteur. Certains modĂšles sont en sĂ©rie limitĂ©e d’une vingtaine de piĂšces. J’utilise du carton-bois trĂšs dense, le mĂȘme que celui des passes-partout d’encadrement, et de la colle Ă  bois, aprĂšs avoir recoupĂ© le carton au cutter en biseau, pour qu’on ne voit pas les angles. Le plus long, c’est la conception de dĂ©part : une rĂ©flexion rationnelle sur le montage, l’emboĂźtement, avec beaucoup de croquis Ă  plat qui sont ensuite vectorisĂ©s par un logiciel pour ĂȘtre transmis Ă  la dĂ©coupe laser »
Si la version lampion permet le coup de cƓur Ă  moindre frais, c’est surtout les grandes piĂšces qui sont intĂ©ressantes, de la taille d’un lustre Ă  pampilles de manoir : l’architecture s’y dĂ©ploie amplement, crĂ©ant un mix de design et d’histoire plutĂŽt intĂ©ressant, mĂȘme si Muzet avoue que ses premiers clients ont eu un coup de cƓur pour celles dans lesquelles ils voient un Ă©cho Ă  l’univers de Tim Burton, Harry Potter ou Le seigneur des anneaux...
mundi lumini
« Il y a toujours un ou deux personnage en ombre derriĂšre une fenĂȘtre : une lectrice, ou un gardien de phare, des voisins
 J’aime bien rajouter quelques dĂ©tails. J’aime faire des piĂšces sur mesure, m’embarquer. Ce n’est pas de la reproduction, c’est de l’imaginaire. Chacun va venir avec ses rĂ©fĂ©rences : Miyazaki, Magritte
 ». Moi, j’y ai trouvĂ© un petit cĂŽtĂ© Hundertwasser (en monochrome), j’ai pensĂ© Ă  la ville de Jacques Tati dans « Mon oncle », et aussi Ă  ce dessinateur nantais que j’adore, JĂ©rĂŽme Maillet, qui empile les bĂątiments emblĂ©matiques d’une ville les uns sur les autres, et je n’ai pas eu de mal Ă  imaginer sa version de Carcassonne blanche au-dessus d’une table Knoll


On trouve les crĂ©ations de SĂ©bastien chez Improbable Jardin Ă  Lorient, IdĂ©es Ă  Pont-Aven, et L’échappĂ©e belle Ă  QuimperlĂ©.
> Son site ICI, son Instagram LA

> Mundi Lumini expose Ă  la mĂ©diathĂšque de QuĂ©ven jusqu’au 3 janvier
blue eye samurai

Blue Eye Samurai

Une sĂ©rie qui va vous enchanter les yeux et les oreilles, et on va commencer par ça, parce que rarement des voix m’ont fait cet effet dans un film d’animation. Majoritairement des comĂ©diens anglophones, d’origine japonaise – Ă  part, waouh, Kenneth Branagh, fabuleux dans le rĂŽle du grand mĂ©chant de l’histoire. Des voix qu’on prend un plaisir fou Ă  se mettre entre les oreilles – la sĂ©rie se suit trĂšs facilement en VO sous-titrĂ©e en anglais et ça vaut vraiment la peine, tant la diction est jolie, l'interprĂ©tation juste et souvent trĂšs Ă©mouvante.
CĂŽtĂ© scĂ©nario, ce n’est pas lĂ  qu’on trouvera le plus kiffant de la sĂ©rie, mĂȘme si l’histoire se suit avec plaisir : de la vengeance, de l’amour, de l’initiatique, des mĂ©chants, une quĂȘte, mais mais mais, le tout soulevant des questions plus profondes qu’il n’y parait : privilĂ©gier la gloire ou le bonheur, place des femmes, justesse et puretĂ© de l’ñme, tradition et culture, orient et occident, racisme, diffĂ©rence, il y a de quoi se faire un petit debriefing intĂ©ressant aprĂšs chaque Ă©pisode...
blue eye samurai
Alors le plus kiffant c’est quoi ? Ben c’est l’image. Absolument sublimissime, dĂ©licate, intelligente, elliptique, symbolique. Je suis trĂšs loin d’ĂȘtre fan d’anime, mais lĂ , c’est tellement beau que chaque image, coupĂ©e trĂšs cut comme un manga, passant de plans larges Ă  des dĂ©tails symboliques, m’a arrachĂ© des soupirs de bonheur. Vraiment. C’est inventif, variĂ©, sophistiquĂ©, sur chaque plan : des visages ultra expressifs, aux costumes, bourrĂ© de dĂ©tails magnifiques, rarement une sĂ©rie ou un film ne m’aura autant donnĂ© de plaisir esthĂ©tique (Ă  part L’odeur de la papaye verte).
> Une série de 8 épisodes signée Michael Green et Amber Noizumi, à voir sur Netflix
LEDRET

Les tambours de l’ñme, de Marc Ledret

Une fois encore, l’Histoire vient percuter la brulante actualitĂ©.
Une fois encore, elle me laisse le goĂ»t amer d’une balle perdue.
Une fois encore, elle se répÚte à volonté.
Certains idĂ©ologues pourraient faire avaler des couleuvres Ă  des gens qui les Ă©coutent en masse docilement, Ă  des individualitĂ©s tenues Ă  la culotte par la peur de l’autre. Clivant le monde, les hommes de pouvoir avancent leurs pions Ă  des fins d’expansion. Je ne peux que m’interroger sur cet appĂ©tit fĂ©roce : qu’est-ce qui motive un individu Ă  vouloir se rĂ©pandre ainsi, et pousser des hommes Ă  servir ses propres folies ? Une tranchĂ©e narcissique profonde empĂȘcherait-elle de considĂ©rer que l’on peut vivre ensemble, et laisserait Ă  penser qu’il faut dĂ©truire l’autre pour se sentir exister ?
Hans, spartakiste en 1919, s’inscrit dans le mouvement communiste rĂ©sistant. Il quitte son pays, sous les prĂ©mices de l’Allemagne nazie. Le parti le traque et le trahit. Vers l’Espagne, Hans s’expatrie et se rapproche de l’anarchie. ArmĂ© d’un courage inouĂŻ, il fait Ă  prĂ©sent corps avec ceux qui l’ont accueilli. Dans ce pays soutenu par les chemises brunes, l’amour en bombe lui tombe dessus. Le germain blond s’en remet ainsi au coeur d’une femme fĂ©line, anti-franquiste. PoussĂ© Ă  la lisiĂšre, au delĂ  des frontiĂšres, le camp de rĂ©tention ne peut ĂȘtre sa finale solution, alors il prend le maquis pour rejoindre les FFI. Et, force est de constater que ce n’est plus un choix : rĂ©sister, c’est ĂȘtre entier. C’est lutter ou crever.
Marc Ledret, libraire indĂ©pendant Ă  Berrien, prĂšs de Huelgoat, s’est Ă©teint en 2020. PassionnĂ© d’histoire depuis sa tendre enfance, sa plume s’enflamme dans cet Ă©crit. « Les tambours de l’ñme » se veut, sous sa coupe, dense et documentĂ©. Le silence rĂ©sistant, que son grand-pĂšre a criĂ© toute sa vie, se dĂ©lie et s’affranchit ici, dans les lignes de son rĂ©cit. Il rend hommage Ă  ces hommes de faire, guidĂ©s par une idĂ©e de la libertĂ©, qui crĂ©ent des poches de rĂ©sistance, des poils Ă  gratter. Une survie plus qu’une rĂ©elle vie, une pluie d’éclats d’obus Ă©clabousse le sang de ces si jeunes recrues. Des gisants de 16 ans ont Ă  peine vĂ©cu dans un monde sans gĂąchis. Certains de ces rĂ©sistants n’ont plus rien Ă  perdre, hormis ce dernier rempart qui prĂ©serve ce qui fait d’eux des hommes libres : leur ultime dignitĂ©.

C’est mieux comme ça, pardon

MORGANE THOMAS

> Aux Ă©ditions Locus Solus, 334 p, 24 €
On aime bien vous donner envie, et on aime bien aussi vous inviter...
Pour aller voir l'un de ces spectacles gratuitement, il vous suffit de nous le demander gentiment par mail Ă  l'adresse suivante : cestparla@sortiesdesecours.com

N'oubliez pas de nous préciser nom et date du spectacle + votre numéro de téléphone...

➙ CETTE SEMAINE, VOUS JOUEZ POUR 🎟 FAADA FREDDY

K-FAADA-FREDDY
L’artiste autodidacte cultive admirablement ses racines africaines, le rap, la soul et le gospel, capable d’aller puiser dans la ferveur du flow ragamuffin des Ă©vangĂ©listes rastas.
> Sam 16 déc à 20h30, Les Arcs, Quéven