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Aline Penitot et le chant des baleines

Un concert pour sons de baleines à bosse et basson*

Hier matin, c’était la rentrée des classes pour nous, on avait notre premier rendez-vous de saison au port de Guidel, sur le bateau d’Olivier Giraud, « Anaïka », avec Aline Pénitot. La lagune de l’estuaire de la Laïta s’étalait en méandres turquoise et paille, un vent doux faisait frissonner les cheveux, et on remerciait intérieurement Xavier Le Jeune, le directeur de L’Estran – qui coproduit le spectacle d’Aline Pénitot – d’avoir fixé l’heure de rendez-vous si tôt, pour profiter de cette heure délicieuse où le soleil fait vibrer les couleurs.

Aline Pénitot, on vous en a déjà parlé, on adore ce qu’elle fait, même si c’est assez complexe à expliquer : des documentaires sonores pour France Culture, des créations sonores et musicales, des expérimentations électro-acoustiques.

Si Aline Pénitot et nous sommes ce matin-là sur Anaïka, c’est parce que samedi et dimanche, deux « spectacles » vont être donnés, deux propositions extraordinaires, que nous avons eu la chance de tester il y a deux ans, un soir d’hiver, dans la piscine du spa Odalys, à Guidel. Une émotion intense qui peut aller jusqu’aux larmes, pour certains..

Le principe ? Des hauts parleurs diffusent du son dans l’eau, vous vous immergez comme vous voulez, en faisant la planche ou le canard, et vous vous vous laissez habiter par le son. Une expérience intense, celle « d’être » du son – et de l’eau, celle d’être immergé DANS le son. Et quand le son est pour partie le chant des baleines, imaginez l’émotion.

Cette émotion, Aline Pénitot nous l’explique, face à notre « Pourquoi ? » curieux : « Les baleines font différents sons : des « notes » avec des hauteurs ou fréquences complexes, et des sons pulsés, comme ce qu’on appelle le « vocal fry », une sorte de ronronnement. Or des études ont montré que le ronronnement des chats, leurs vibrations, nous font du bien »

 Dans « La réponse de la baleine à bosse », Aline Pénitot a composé un canevas avec une de ses compositions sonores, le jeu d’un bassonniste live (à bord d’Anaïka), un enregistrement historique du chant des baleines (fait pendant la guerre froide) et deux « interactions » de baleines captées à la Réunion et à Madagascar, notamment des « réponses » des baleines avec un chant galicien : « Avec Diemo Schwarz, chercheur à l’IRCAM, on a fait des expériences en envoyant du son aux baleines, et on a constaté qu’elles changent le leur – la structure de leurs motifs, les hauteurs et les types – pour nous en signifier la réception ».

Pendant cette semaine de résidence à Guidel, Aline Pénitot, elle a fait quoi ? « La réponse de la baleine à bosse existe depuis 2016, et chaque année, il y a un nouveau développement : là, c’est la première fois qu’on va emmener le public avec nous dans l’eau pour partager ces sons » Avec des hauts parleurs sous l’eau, qui seront fixés sur le bateau d’Olivier, – un « baroudeur des mers » qu’Aline a rencontré par l’intermédiaire de William, le maître du port de Guidel. « Dans ce projet, qui mélange trois mondes, l’océan, la technique et le spectacle, on fait appel à toutes sortes de gens dans les milieux de la voile, du surf, du port, de l’électronique, des chercheurs, des bioacousticiens, la SNSM… Et on règle de nombreux problèmes techniques, comme l’utilisation du 12 volts, les longueurs de câble, les distances, la durée raisonnable pour rester dans l’eau sans avoir froid, la sécurité… »

* Aline Pénitot a découvert que le son du basson a des similitudes avec les « chants » des baleines…

Note : Aline Pénitot est depuis peu installée en Finistère, on devrait donc la revoir régulièrement…

Isabelle Nivet – Septembre 2021

 

 

 

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