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Bobby & Sue. Musique

Leur troisième album, Spinning mind, est sorti en 2016, et on a vu et revu cette photo entêtante, cinématographique, de Violaine Fouquet, alias Sue, le profil marqué et buté comme une héroïne de Faulkner, le regard tourné vers ce qu’on imagine être une mer d’Iroise, même s’ils sont, les deux, des héros de Douarnenez, Iroise donne mieux le ton de ce regard bleu aux sourcils à la Margaux Hemingway, et voilà, déjà deux références à la littérature américaine mais ça c’est nous, eux, quand ils citent « Fitzgerald », c’est Ella et pas Francis Scott. Derrière l’épaule de Sue, il paraît en retrait mais il ne l’est pas plus que sur scène ou dans l’écriture, Brendan De Roeck, pourquoi avoir pris un pseudo quand on a un nom pareil, qui parait sortir tout droit d’un roman de Kerouac, longues pattes discrètes, Wayfarer sur les yeux comme un John Belushi mince, ça y est on l’a dit, on a prononcé ce mot qu’on trouve si mal adapté à ce qu’ils font, si réducteur… Blues ? Etiquetés dans les bacs Blues comme au défunt Virgin Megastore, Bobby & Sue n’ont pourtant pas grand chose à y faire tellement ils sont autre chose : « On a toujours considéré qu’on faisait des chansons ». Au même titre que Moriarty, dont ils vont faire la première partie en 2018, dans leur version Wati Watia Zorey Band, et à qui ils ressemblent par certains côtés, Bobby & Sue, c’est de la musique, qui de temps en temps peut faire penser à, mais qui la plupart du temps fait penser à Bobby & Sue. D’ailleurs, eux ils disent juste : « On fait des musiques inspirées de la musique noire américaine ». Ils disent aussi qu’à la sortie de leurs concerts, on leur avoue souvent

« J’aime pas le blues, j’aime pas le jazz. Mais vous, ça va »

Oui ça va. Forcément, c’est ni l’un ni l’autre. C’est eux. Un duo de cinéma. C’est peut être ça qui nous plait autant, ces personnages qui fascinent, que l’on retrouve de saison en saison, ce glamour douarneniste en noir et blanc, magnifiquement shootés par Renaud Monfourny, le photographe des Inrocks, à qui l’on doit tant de portraits sublimes : « On est allés ensemble au Père-Lachaise, ça a duré deux heures et puis voilà ». Et puis voilà. Violaine, qui se paralyse comme un lémurien halluciné dès qu’on prononce le mot interview, se libère en shooting photo : « C’est comme être sur scène, c’est du théâtre ! ». Une protection : « Ce sont des personnages, c’est pas notre vie, même si on est obligés d’y mettre un peu de nous-mêmes, sinon les gens le sentent ». Des personnages auxquels ils nous proposent d’inventer une histoire, mais que Violaine et Brendan se contentent de nourrir de leurs émotions, comme des auteurs : « Les pseudos, c’est pour ça, les costards et les robes aussi ». Un truc nouveau pour Brendan : « J’ai appris à aimer les sapes, moi je viens du rock, je suis plutôt jean troué. Je ne sais pas m’acheter des fringues tout seul, je le fais soit avec ma femme, soit avec Violaine. On se fait plaisir à être classe et chics, mais ce sont des costumes de scène, qui vont avec un jeu de scène, qu’on travaille et qu’on répète, et qui nous permet finalement de nous éclater davantage qu’une impro foutraque. Quand les gens nous disent « vous êtes tellement naturels » ça veut dire pour nous qu’on a bien bossé. C’est un spectacle ». Yep. A fucking good movie.

ISABELLE NIVET
Juillet 2017

 

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