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J’veux du soleil (mais pas trop). Géraldine en transition

Chaque été, il est un indispensable dans notre sac de plage (et non ce n’est pas la bouteille de rosé), c’est la crème solaire. On a bien compris depuis quelques années les méfaits de cette étoile, alors on joue le jeu, on se badigeonne. Mais il y a un mais. Et même des mais. Bon du coup, on fait quoi ?

Dans mes souvenirs d’enfance bretons, on passait nos étés à la plage mais il y a une chose qu’on ne faisait pas trop, c’était se tartiner de crème solaire. J’ai beau creuser l’intérieur de mon cerveau et repenser à ma mère qui était une mère me semble-t-il responsable, je n’ai pas de souvenirs de crème solaire, de chapeau et de tee-shirt anti-UV (merci éternel, Maman, pour ce dernier point). Je revois vaguement une publicité pour des produits solaires avec des corps musclés, galbés et bronzés sur un ponton sur fond de Frankie Goes to Hollywood. Je revois des affiches où demain on enlève le haut, puis le bas, je repense à des moments où on buvait du pastis sans alcool à Tahiti, toujours en plein soleil. Je me rappelle par contre qu’on adorait le monoï et la graisse à traire, bref tout ce qui pouvait nous faire bronzer vite et fort. Sûrement qu’à l’époque on n’était pas vraiment informé·e·s sur les dangers du soleil. 

  

Le soleil, notre (faux) ami
Et puis un jour, on nous a dit que le soleil était dangereux, et on a commencé à s’en méfier. Et on a mis de la crème solaire, c’est devenu une habitude presque généralisée. Pour ce qui est des dangers du soleil, on peut rapidement en reparler : le vieillissement cutané (rides et taches brunes), les brûlures (un coup de soleil rouge, c’est une brûlure au premier degré, et avec cloques, c’est du deuxième degré), les insolations, les allergies, les problèmes oculaires (cataracte par exemple) et j’en passe, pour aller à ce qui nous fait le plus peur : le cancer de la peau. En France, près de 80 000 cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année. Et en Bretagne, on serait loin d’être épargné·e·s, au contraire*.
En cause, l’exposition aux rayons ultra-violets, les fameux UV, c’est à dire un rayonnement qui provient de l’énergie électromagnétique émise par le soleil. Dans notre cas précis, nous intéressent les UVA et les UVB classés A ou B en fonction de leur longueur d’ondes. Bon ils sont tous les deux dangereux, donc de toutes façons, A ou B, il faut faire attention aux UV. Et c’est pour cela qu’il existe des protections solaires, qui aujourd’hui protègent toutes des UVA et des UVB. Donc tout va bien.

Donc tout va bien ?
Et bien non, ce serait trop facile. Parce que si les crèmes nous protègent bien du soleil, elles causent des dégâts énormes, à la fois pour nous et pour la planète, à commencer par nos amis les coraux. Alors je sais que ma chronique est assez déprimante et j’en suis désolée, et j’aimerais vous annoncer que tout va bien, plutôt que les chiffres qui vont suivre. Mais non.

Aujourd’hui, selon le WWF, près de 70% des récifs coralliens sont en danger et 25% sont foutus de chez foutus. Et vue la vitesse à laquelle ça pousse un corail, autant dire qu’on n’assure plus leur renouvellement, utile aux deux millions d’espèces différentes qui y cohabitent et au quart des poissons des océans qui y grandissent.
En cause, on retrouve les habituels – et fidèles au poste – pollution et réchauffement climatique. Il y a aussi la surpêche et… les composants chimiques et substances des crèmes solaires ! En chiffres, c’est 25000 tonnes de composants de crème solaire chaque année dans l’océan dont 4000 à 6000 tonnes sur les massifs coralliens. Ça, c’est pour la planète. Et pour nous, on note comme plus grand problème, le facteur « perturbateur endocrinien », vachement mieux qu’un cancer, non ? 

Des solutions !
C’est grave ? Oui. On y peut quelque chose ? Oui. Enfin, on pense. Parce que rien n’a l’air clair à 100%, sûr à 100% même si une tendance se dégage… Dans le doute, on peut quand même essayer deux ou trois trucs.

Il y a deux types de filtres dans les crèmes solaires. Les filtres minéraux et les filtres chimiques.
Le filtre chimique est constitué de molécules organiques qui réagissent avec les UV et absorbent les rayonnements à la place de la peau. Problème : les molécules sont néfastes pour le corail et aussi pour nous puisque notre peau les absorbe. Et éventuellement elles sont allergisantes, et sachez-le, ce type de filtres n’agit qu’au bout d’une demi-heure.
Le filtre minéral lui est composé de microparticules qui forment une barrière et réfléchissent les UV. Ça ne pénètre donc pas dans la peau, ce qui est bien dans l’absolu mais ça laisse des belles traces blanches (bon, au moment où c’est la cata de chez cata côté corail, on s’en fout des traces blanches non ?). Et comme le filtre est fait de minéraux, qu’on retrouve naturellement dans la planète (le zinc ou le titane par exemple), et bien la nature n’a pas de soucis avec.

En prenant une crème bio, on est sûr·e d’avoir un filtre minéral, puisque les filtres chimiques ne sont pas autorisés en bio. Attention, si le filtre minéral est composé de nanoparticules, qui la rendraient plus facile à étaler (et donc pas de traces blanches), par contre là on prend un risque, car si on a une lésion, les nanoparticules se glissent sous la peau et là pas top, c’est le come-back du risque de cancer… Et puis, ces nanoparticules se déposent aussi sur les coraux et sont absorbées par les habitants des mers.

En résumé, on fait quoi ?
En résumé, on fait comme d’habitude, on s’informe, on cherche, on lit, on ne cède pas aux sirènes du marketing, on pense planète et santé, parce que ça va ensemble. « Oui mais, j’adore l’odeur de cette crème ! ». Oui, mais non.

* Comme il y a souvent un petit nuage ou une légère brise par chez nous, nous aurions, les Breton·ne·s, une petite tendance à ne pas ressentir suffisamment le soleil, et donc à oublier de nous protéger. Multipliant ainsi les cancers dans notre région.

Une bonne protection du soleil pour moi

  • C’est sympa d’avoir bonne mine, mais santé avant tout, on ne s’expose pas aux heures les plus chaudes. Le fameux 12h-16h, est idéal pour une sieste, mais pas à la plage.
  • Se mettre à l’ombre est évidemment une bonne solution, mais ça ne suffit pas en termes de protection, car une partie des rayons du soleil nous arrivent aussi par la réverbération du sol. Et pas uniquement à la plage ! Une terrasse de café ou de l’herbe réfléchissent aussi le soleil. Un parasol ne protège donc pas totalement.
  • L’équipement de base l’été, c’est chapeau, lunettes, tee-shirt sombre de préférence (on se demande à quoi ça sert d’être naturiste finalement). Un tee-shirt sombre va accumuler plus de chaleur, donc ce n’est pas forcément agréable, mais un tee-shirt clair va laisser passer les rayons du soleil et gare aux coups de soleil. Le combo parfait c’est vêtement sombre mais en matière aérée, comme le coton et le lin. Côté chapeau, l’idéal c’est le grand chapeau de paille. Car il est à cloche et laisse passer l’air entre les cheveux et le chapeau. Et ses larges bords protègent, notamment notre crâne, histoire de ne pas trop exposer notre cerveau aux UV. Si on a les cheveux très clairs, et si on n’a pas de cheveux, on choisit de la paille serrée, évidemment…
  • On achète une bonne crème. Bio pour être sûr que le filtre est minéral pour la planète, sans nanoparticules, sans parabènes, sans silicone, sans conservateur pour ne prendre aucun risque pour notre santé.
  • Le label Cosmebio d’Ecocert certifie qu’un produit contient au moins 95% d’ingrédients d’origine naturelle, donc fortement biodégradable, donc moins polluante. D’autres labels offrent de bonnes garanties, donc on favorise des produits labellisés.
  • On regarde la liste des ingrédients. Normalement un composant sous forme de nanoparticules est indiqué entre crochets. Théoriquement, les nanoparticules sont interdites en cosmétique bio mais on a parfois des surprises selon les labellisations. Sur l’étiquette, on peut aussi voir parfois la mention « protège le corail », « sans parabènes », « sans conservateurs », etc. Bref le meilleur conseil est de rester des consommateurs avisés. 
  • On télécharge l’appli « Inci Beauté » et on regarde les notes des produits qu’on utilise. Sans surprise, les meilleurs produits solaires sont bio, et certaines marques que l’on trouve en pharmacie ont des scores vraiment catastrophiques. Donc on se souvient, pharmacie ne veut pas toujours dire santé…
  • Connaître son phototype. Ça permet de savoir combien de temps on mettra à prendre un coup de soleil sans protection (30 minutes pour moi par exemple avec mon phototype 3). Et ainsi quel indice de protection choisir. Et halte aux idées reçues, on bronze aussi avec de la crème solaire, mais on choisit l’indice de protection qui nous convient. 

La bonne nouvelle
D’ici 2021, Hawaï va interdire les produits contenant de l’oxybenzone et de l’octinoxate, deux filtres chimiques contenus dans les crèmes solaires. C’est 70% des produits solaires qui ne seront plus commercialisés dans l’archipel. 

Update
Ma sœur me dit que « si, maman te mettait de la crème solaire ». 

Géraldine Berry
IG @geraldineberry_lorient
Imparfaite, incomplète mais engagée, j’essaye de participer au jour le jour à une société plus verte, persuadée qu’une goutte d’eau dans la mer, c’est déjà ça.

Parce que la coopérative Biocoop Les 7 épis est une entreprise engagée et militante, c’est elle qui finance cette chronique et nous permet d’offrir une rubrique orientée solutions, dans l’objectif de vous donner des clefs pour agir…

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