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Emmanuel Guibert. La dolce vita

On est montée dans la voiture et on a allumé la radio, queue d’infos de France Inter, Emmanuel Guibert Grand prix du Festival d’Angoulême, bzz, la météo marine Marie-Pierre Planchon, non Marie-Pierre Planchon ne fait plus la météo marine quel dommage cette litanie poétique c’était mieux que Petit Bambou, mieux qu’un comprimé d’Euphytose. Mais Emmanuel Guibert, merde, merde, quinze jours que son expo avait commencé et on n’y avait toujours pas mis les pieds. Retour de Saint-Avé sous une pluie cotonneuse, direction l’Hôtel d’agglo de Lorient, dressé comme une cabane dans les arbres au bord de la rade, vaporisé de gouttelettes de pluie. Au sous-sol, dans cette salle qu’on aime bien, entre abri nucléaire et crypte apocalyptique, Emmanuel Guibert a fait son nid, avec une grande expo dans laquelle il faut prendre le temps de s’installer, pour trouver les correspondances entre soi et lui.

Emmanuel Guibert, on n’avait vu que cette affiche en ville, ces couleurs pastel, ces dégradés de parme et de bleu, cette silhouette d’arbre. Oui, joli, mais joli comme un dessin pour une couverture de journal intime. On n’était pas dans l’urgence de voir le reste. On avait oublié qui était Emmanuel Guibert. Le dessinateur de cette bédé qu’on adorait, « Le photographe », offerte par Alain et Brigitte pour un anniversaire. Et là nous voilà face à ses dessins, ses gravures, ses encres, qui racontent Lorient, le Japon et l’Italie.

Ahhh, l’Italie de Guibert ! Cette dolce vita des jambes dorées sur la balustrade d’un balcon au dessus de la mer, ce cap au loin derrière les arbres à l’heure précise de la douceur du soir qui vient, la démarche exactement croquée de ce type en lunettes de soleil ses clefs à la main, le rouge des soirées en ville l’été, les silhouettes à peine esquissées de gens flânant dans les rues le soir, l’ombre de cet arbre sur une façade rosissante, les pavés lessivés de soleil et ces arbres, SES arbres ! On en pleure presque. Guibert c’est le voyage comme on l’aime : immobile, debout devant un dessin, téléportée dans un ailleurs qu’on sait ne pas avoir vécu mais tellement proche de ce qu’on a connu autre part, l’air doux sur l’épaule, les dernières tombées de chaleur, la nuit comme une pulsation, les lumières de l’autre côté d’une rade qui palpitent, un Sud irrésistible et éternel.

 

Note 1 : comme on est la championne des exceptions, l’image qu’on publie ci-dessus n’est pas extraite de la série sur l’Italie, mais sur le Japon, et pas du tout représentative de l’esthétique globale de l’expo. En revanche, nous, elle nous catapulte directement sur les lieux, en plein milieu de souvenirs et d’impressions qui n’ont rien à voir avec le Japon, mais qui nous font partir comme un boulet de canon.

Note 2 : on vous conseille de vous installer avec un Campari passé en loucedé sous votre manteau, dans la salle de vidéo, et de partir en Vespa avec le diaporama Italie. Enlevez juste vos lunettes de soleil.

 

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