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Mon petit bas de laine

À l’heure où nous vivons le second, il paraîtrait que nos finances personnelles vont bien depuis le premier confinement. Alors, ce n’est pas vraiment cohérent avec la catastrophe économique annoncée en parallèle, mais en tous les cas, pendant les huit semaines qu’a duré le premier confinement, les Français ont épargné 55 milliards d’euros. Du coup, j’en fais quoi de mes 786 euros* ?

 

Et bien soit je claque tout dans des vacances… Ah non, je suis confinée. Soit j’achète plein de vêtements dont je n’ai pas besoin… Ah non, je suis écolo et tend vers le minimalisme. Bon ben, je vais les mettre à la banque, et c’est à ce moment précis qu’on rentre dans le vif de cette chronique : comment choisir au mieux sa banque. Alors, on ne parle pas de couleur des fauteuils du hall, ni du costume du banquier ni du calendrier qu’on aura en cadeau. Non, on parle du bilan carbone des banques. Car oui, les banques ont, elles aussi, leur bilan carbone, pas de jaloux·ses (cf ma chronique sur le jour du dépassement). Faisons-nous un petit rappel sur la définition du bilan carbone.

 

Le bilan carbone est un outil de diagnostic qui comptabilise la consommation de dioxyde de carbone (le fameux CO2) utilisé pour chaque activité, de façon directe ou indirecte (si on est une usine et qu’on brûle du bois, c’est direct, si on est une banque et qu’on finance une usine qui brûle du bois, c’est indirect) et qui l’exprime en kilos ou tonnes de CO2.

 

Le « bas » blesse
Quand on met notre argent à la banque, si on est à peu près aussi naï·f·ve que moi, on imagine qu’il est stocké dans des grands coffres – virtuels bien sûr, je ne suis pas idiote non plus. Mais ce que notre banque fait de l’argent qu’on lui confie, ça on n’en sait rien la plupart du temps. Et bien, les banques, elles investissent l’argent, le nôtre donc, celui qu’on met précieusement de côté pour s’acheter un vélo-cargo, dans ce qu’elles veulent.

Une étude co-publiée en novembre 2019 par les deux ONG Les Amis de la Terre et Oxfam dénonce justement les agissements des quatre principales banques françaises, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et BPCE (Banque Populaire Caisse d’Épargne) en 2018 : leurs « émissions de gaz à effet de serre issues des activités de financement et d’investissement (…) dans le secteur des énergies fossiles ont atteint plus de 2 milliards de tonnes équivalent CO2, soit 4,5 fois les émissions de la France ». On parle bien sûr d’émissions indirectes, qui concernent « l’ensemble des transactions financières réalisées par des banques françaises en direction d’entreprises actives dans les énergies fossiles en 2018 ». Bim.

Donc en gros, toi, petit·e écolo, tu coupes ton chauffage et tu te pèles, mais tes thunes elles financent des centrales à charbon. Ton flouze réchauffe le climat, quoi. Franchement, ça fait mal. Dans le guide « Change ta banque » des Amis de la Terre, il est écrit texto : « Si BNP Paribas est de loin un des plus gros pollueurs de la planète, Crédit Agricole et Société Générale figurent aussi dans le top 15 des banques internationales qui financent le plus les énergies fossiles. Leurs soutiens aux énergies renouvelables étant 7 fois moins importants, le bilan de ces banques en matière climatique est donc extrêmement négatif. » Gloups.

 

Alors on fait quoi Tata Gégé ?
Parce que cette chronique sert avant tout à agir, et pas seulement à déprimer, ben là, c’est pas trop compliqué, et pas besoin de changer énormément d’habitudes (pas besoin de sacs à vrac, tout ça), on change de banque. Le mieux est vraiment de lire plusieurs ressources pour savoir où se situe la sienne. On pourra lire le guide cité plus haut, ou encore cette étude tout aussi intéressante d’Oxfam, et un peu plus récente, puisque datant de 2019 . On peut aussi aller voir ce quen pense MoralScore , l’appli qui scrute la moralité de pas mal d’entreprises. Et tant qu’à être là, on peut aussi regarder ses marques de vêtements.

Sans surprise (parce que ça fait des années que ça dure), c’est systématiquement La Nef** qui arrive en tête de toutes les études. Et avouons que c’est quand même cool de voir concrètement à quoi sert notre épargne. En cliquant sur la carte , on découvre les projets et oh joie ! on se sent acteur·rice, vraiment. Exemple : en 2014, la Nef a prêté 65500 euros sur dix ans à un couple de Groix pour développer leur structure de maraîchage bio. Le collectif Tomahawk de Querrien, près de Quimperlé, a bénéficié d’un prêt pour développer son association de promotion de groupes de musique bretons. Un particulier a pu acheter une parcelle forestière pour la reforester et l’entretenir du côté de Baud. Ça donne quand même du sens, et c’est un peu ce dont on a besoin en ce moment je crois.

 

À noter
La Nef n’est pas une banque à proprement parler, mais une solution d’épargne et de crédit, c’est à dire qu’elle ne propose pas de compte courant, sauf pour les professionnels qui ont obtenu un crédit de leur part. Mais il faut savoir que la majeure partie de l’argent français est sur des comptes d’épargne et non sur les comptes courants, ce sont donc nos économies qui sont levier de changement. Alors, au pire, on garde son compte courant au Crédit Agricole (en changeant de porte-carte parce qu’on a honte) et on met ses croquettes ailleurs.

 

Et puis sinon
N’oublions pas qu’en local, nous avons aussi d’autres façons de penser l’argent, notamment via les monnaies locales complémentaires : Segal à Lorient, Bizh à Vannes, Ourse à Questembert, Galais à Ploërmel (la carte c’est ici). Mais c’est un autre sujet.

 

* 786 euros = environ ce que chaque Français·e devrait avoir en poche si ces 55 milliards avait été divisés en 70 millions d’habitant·e·s. Je saaaaais, ça ne marche pas comme ça, mais ça fait une bonne introduction.

** Je ne rentrerai pas ici dans le débat « La Nef = une secte » lié à son origine « anthroposophique » et vous laisse lire ce que la principale intéressée écrit à ce sujet ici. A l’heure où on vend notre âme chaque jour à Facebook et à Google, est-ce vraiment un débat ?

Géraldine Berry
IG @geraldineberry_lorient
Imparfaite, incomplète mais engagée, j’essaye de participer au jour le jour à une société plus verte, persuadée qu’une goutte d’eau dans la mer, c’est déjà ça.

Parce que la coopérative Biocoop Les 7 épis est une entreprise engagée et militante, elle qui finance cette chronique et nous permet d’offrir une rubrique orientée solutions, dans l’objectif de donner des clefs pour agir…

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